vendredi 2 septembre 2016

Portugal jusqu'à l'Algarve



Mercredi 24  aout, Baoina,

Aujourd’hui, je descends sur Porto ( voire Viana de Castello en cas de  difficultés ou de lenteurs) pour 70 milles de navigation. Je me suis levé à 5 heures pour un départ à 6 heures. Le ciel est très chargé et tourmenté avec des orages tous proches qui tonnent et grondent sans arrêt. Les éclairs déchirent le ciel jusqu’à terre. Les conditions sont peu engageantes et fichent presque la trouille. J’ai presque envie de retourner dans ma couchette.


                                          Ciel d'orage au matin levant.

Mais non, mais non, j’y vais. Il fait encore nuit et il règne une atmosphère de mauvais film d’épouvante. Je contourne la Punta del Buey avec son parador dominateur puis la bouée cardinale nord du Cabo Silleiro. Je suis content, je ne suis pas seul: des pêcheurs font leur boulot.  Je m’aperçois rapidement que les orages sont sur la terre ou proche de la côte et je m’en éloigne à plus de 5 miles. Je dois slalomer entre les multiples bouées simples ou avec une petite perche qui m’accompagneront sans interruption jusqu’à quelques milles de Porto avec un temps qui restera orageux. Mais j’arriverai sec à Porto vers les 18 heures à la marina du Douro! 
Pendant toute la journée, le vent a été bien timide et très variable selon la proximité des orages. Le moteur a tourné à 90%.
A la marina, l’accueil est bon et efficace. Les locaux sont vastes, propres. La wi-fi fonctionne même sur les pontons ( pour une fois) et deux petits pains frais par personne sont apportés le matin jusqu’au  bateau. Mais c’est très cher ( 36 euros pour une moyenne à 22-23).  
Le soir, je suis allé manger dans un petit restaurant typique  à Afurada, très beau et orignal village de pêcheurs, tout proche de la marina ( A ne pas manquer si vous passez par là), avec, pour discuter, quelques chaises devant  les maisons  toutes  faïencées pour la plupart,  avec un petit musée sympa et  avec toujours les lavandières au boulot et le linge mis à sécher sur des fils montés de façon complètement délirantes, avec des petits étals de poissons frais le matin…





                          Normalement, les fils sont pleins à craquer ( mais à 9 heures le matin).     
                                                    Lavoirs à droite et sèche linge à gauche


Jeudi 25 aout. 

Espérant que le brouillard se lève, j’ai attendu 13 heures pour quitter Porto pour Aveiro à 35 milles.
Hier, c’était l’orage et moteur à 90% et aujourd’hui, c’était un brouillard très épais et collant exigeant une vigilance permanente tant à l’extérieur que furtivement sur l’écran de l’AIS. Entrer  dans la ria de Aveiro nécessite de franchir la barre ( plutôt calme ce jour) puis de zigzaguer entre les petites barcasses de pêche et les cargos et autres grands navires tout en tenant compte du courant. 
J’ai mouillé dans la baie de Sao Jacinto, en compagnie de 2 autres voiliers, après m’être échoué sur un banc de sable ( les bancs de sable bougent d’une année sur l’autre et ici ma carte indiquait encore deux mètres d’eau!) donc il ne faut pas hésiter à se donner toujours un maximum de marge. C’est un excellent mouillage d’étape par temps maniable avec une houle modérée. 
Le port d’Aveiro situé à 12 miles de l’entrée ( je m’y étais rendu, il y a 3 ans) avait été prospère jusqu’au XVI ème siècle ( pêche notamment à Terre Neuve et exploitation de sel) jusqu’au moment où une grosse tempête en boucha totalement l’accès!!! L’entrée fut réouverte … au XIX ème siècle. 


Vendredi 26 aout. 

Ce matin, j’ai démonté mon gros winch bâbord qui bloquait sur sa 2 ème vitesse ( un ressort de cliquet avait sauté) et mon pilote électrique principal qui n’arrête pas de M…’agacer ( ressouder un fil avec mon petit mais très efficace fer à souder à gaz Weller). Le brouillard semblerait moindre.
Je suis parti à marée haute  ( pour éviter le courant ) à midi pour Figuera de Foz à 35 milles. Dans le canal, le brouillard très dense limitait la visibilité à moins de 50 mètres. Heureusement de mon cockpit, je vois mon écran GPS  et au bout de 2 heures , le brouillard s’est levé. Un petit vent d’ouest agonisant m’a permis de naviguer 2 heures à la voile et … 5 heures au moteur ( ce n’est plus un voilier que j’ai mais une vedette à moteur). Java roulait péniblement, sans voiles, au rythme  de la longue houle de 3 mètres de 3/4 arrière. J’ai dû régler le sensibilité de mon pilote.
La marina, à l’accueil bon, est « mal fichue », loin du bureau d’accueil et des sanitaires. 
Il s’agit d’une ville touristique avec son casino, ses petites ruelles , ses restaurants chics, son front de mer avec des grands immeubles quelconques et ses longues allées de bois qui amènent à la plage à quelques centaines de mètres. Belle soirée chaude et ensoleillée: ça change. 




Samedi 27 aout, 

Je me suis rendu à l’impressionnant  grand marché couvert  ( l’un des plus beaux du Portugal) en face de la marina avec nombreux étalages de poissons, de fruits et légumes ainsi que de boutiques de tous métier: belle ambiance et prix  sans concurrence . J’ai refais le plein du bateau. Je me suis fait un petit plaisir et acheter 500 grammes de pousse-pieds ( 15 euros le Kg). Je les ai cuits  dans de l’eau bouillante pendant 3 minutes: quel régal avec du pain et du beurre . 
J’ai quitté Figuera à 12 heures pour Nazare à 35 miles environ. Le temps est nuageux et le vent absent …  Le canal d’entrée comme partout en Espagne et au Portugal ( parties visitées depuis Gijon) est encombrée de petites embarcations de pêche et les pêcheurs se comptent par dizaine sur les berges. 
Puis j’ai longé la côte à 2 kilomètres au large. Aujourd’hui, la houle s’est bien calmée.  Les longues plages,   quasi désertes , se succèdent encore et encore  avec  des dunes et  une des plus grandes forets de pins d’Europe. 
A environ 10 miles au sud,  une agglomération borde la côte avec à l’écart une grande zone industrielle avec de nombreux pylônes  rouges et blancs  et des cheminées fumantes entre de hautes grues. 
Au Portugal, mes navigations jusqu’à présent ne sont pas passionnantes: 150 milles  parcourus et pour les 4/5 au moteur, temps très orageux le 1er jour, très « brouillardeux » le 3 et 4ème et nuageux et sans vent le 4ème. 

15 heures, les premières bouées et perches apparaissent, Nazaré approche. La côte est toujours aussi monotone mais le vent adonne suffisamment pour espérer avancer à la voile sous spi et Java avance à plus de 5 noeuds: quel plaisir d’entendre ce silence de la navigation à la voile. Ma régulatrice d’allure Georgette est au repos ( pas assez de vent pour elle, c’est une gourmande) et mon 2 ème pilote électrique ( celui de secours) que j’ai réglé hier assure bien ( le réglage de la sensibilité à piloter se fait de 1 à 10.  A 1 étant le minimum et 10 le maximum de rapidité . Il était sur 4 mais travaillait beaucoup trop vite et je l’ai mis sur 2 et j’ai l’impression d’avoir changer de pilote tant la différence comportement est nette. 



                                       
                                                   Sous spi: ça arrive.


 C’est aussi la première fois que j’écris en naviguant depuis mon arrivée en Espagne. Aujourd’hui je me le permets à la table à cartes mais avec une sortie dehors toutes les deux ou trois minutes pour surveiller le spi et surtout ces fameuses bouées.  
Mais que vois-je? Des falaises !!! de 30 mètres de haut environ qui apparaissent et se prolongent probablement jusqu’à Nazaré,  avec un phare et une agglomération «  Penedo de Saudade »              et Sao Pedro de Muel.
Je suis à 10 miles de Nazaré et seul sur la mer. Je n’ai vu que 3 voiliers depuis ce midi. Les Portugais naviguent apparemment peu à la voile sur la côte ouest. Je m’imagine  les côtes de Bretagne sud en ce moment. Mais ici, le terrain de jeu est assez restreint et délicat avec des ports aux entrées difficiles selon l’importance de la houle ( seuls 5 ports sont accessibles par tous temps sur la côte ouest du Portugal) . Je n’avance pas très vite mais juste suffisamment pour arriver largement avant la nuit au port.  Nazaré  m’a souvent fait rêver  au vu des différents reportages que j’ai pu voir  à son sujet notamment au sujet du spot de surf grandiose. Le port de pêche est également très connu et un des plus célèbres du pays. 

Voici en autre les quelques oiseaux de mer vus ce jour:
- fous de Bassan dans toutes leur puissance avec quelques belles séances de pêche et leurs -plongeons fantastiques ( jusqu’à 100 mères de haut).  
- puffins majeurs et des anglais
- océanites culblancs 




Lundi 29 août.

Il est 15 heures et je suis en mer à 5 miles au sud de Peniche. Je suis passé entre l’île de Bernera aux  belles falaises ocres  et le cap de carvoeiro avec également des falaises aux larges stries. Vu de la mer, cette pointe est très belle avec son phare et les quelques maisons  aux toits oranges. Bernera,  réserve naturelle, est habitée à l’année par une poignée d’insulaires. Son phare placé au milieu de l’île sur le point culminant, éclaire de 120 mètres de hauteur à 27 milles. 

J’ai quitté Nazaré à 10 heures ce matin sous un ciel nuageux et un vent bien timide. Puis rapidement, le vent s’est établi au nord nord-ouest  avec une mer houleuse, clapoteuse, « chiante ».  Après la pointe de  la presqu’île de Peniche, j’ai abattu de 20° et suis au vent arrière ( 10-12 noeuds environ)  avec les voiles en ciseaux ( frein de bome pour la grand-voile et génois tangonné avec hale-haut et hale-bas).  La houle vient presque  de l’arrière et malgré le roulis, l’allure est relativement confortable avec mon pilote qui fonctionne plutôt bien. Le port projeté est Cascais à environ 65 milles pour une arrivée de nuit. 
Finalement vers les 17 heures, j’ai remis le moteur en gardant la grand voile. Les voiles chahutaient beaucoup et j’avançais tout juste à 3 noeuds.
20 heures, le Cabo de Roca, falaise abrupte est devant moi à 5 milles en accompagnant une petite  chaine de montagne coiffée d’un petit train de cumulus  jusqu’à la mer. Depuis Peniche, les falaises laissent parfois un peu de place à quelques plages. Les villes et  les villages se succèdent  régulièrement  perchés sur les falaises  ou au niveau des plages. Je n’avais pas vu de petite montagne, ni de montagne du tout,   quasiment depuis la Galice.  
La mer est presque déserte par rapport à la Galice. Depuis ce matin, j’ai vu 5 ou 6 bateaux de pêche, 2 ou 3 cargos et 5 voiliers . Mais j’approche du Tage et bien entendu de Lisbonne au traffic maritime important. Je vais devoir ouvrir le bon oeil. 
Je suis arrivé à 22h30 à la nuit bien tombée en essayant d’éviter les multiples perches et bouées, en prenant garde aux petites embarcations de pêche éclairées par de timides feux blancs. J’ai mouillé dans la baie de Cascais, content ( super mouillage très vaste et facile d’accès ). Une bonne trentaine de voiliers y étaient  ancrés dont 5 ou 6 sans feu de mouillage ( pas terrible). 

Mais en Nazaré, c’était comment? Particulier!






      Nazaré vu du Sitio, tout là-haut avec rails du funiculaire et le port au fond au milieu.


Le site est très joli, le port est assez grand et bien protégé.  La vieille ville est belle, mignonnnette avec ses nombreuses petites ruelles la plupart piétonnes. Un petit funiculaire mène au « Sitio » où la vue sur la ville et la baie est magnifique. La plage du nord toute proche est connue mondialement pour la hauteur de ses vagues et par tous les surfeurs. En 2011, la plus haute vague du monde ( 27 mètres, je dis bien 27 mètres ) a été « surfée »  sur ce site. 


 

                        Nombreuses rues étroites et ... piétonnes de la vieille ville. 

Je suis arrivé à la petite marina ( 50 places dont 20 pour les visiteurs) planquée au fond du port, le samedi soir  vers 19 heures. Tout fonctionne à peu près bien mais l’entretien laisse à désirer. Les terres-pleins sont énormes avec de multiples bâtiments pour les pêcheurs, des ateliers, la police maritime, des chantiers, un troquet-épicerie ( propriétaires très accueillants) , la « guitoune »  pour le gardien ( présent 24h/24). Je ressens un  petit côté africain sur ces quelques hectares où se baladent quelques chiens errants , où stationnent des goélands, des véhicules à 3 roues … où stagne tout un tas de matériels divers et variés ( toujours utilisés ou pas?).   Une bonne trentaine de bateaux de plaisance, tant voiliers que navires à moteur, plus moins vieux, plus ou moins en bon état, plus ou moins délaissés, plus ou moins en travaux … y sont posés dans le désordre, certains sur leurs quilles, d’autres sur leurs flancs, d’autres effondrés.  La plupart des bâtiments semblent en bon état mais beaucoup ont une couleur vert-pâle à la soviétique avec même comme une tour de contrôle qui ne me parait plus opérationnelle mais bénéficie de la même superbe couleur kaki pâlot. Ce décor très particulier, très hétéroclite méritait une analyse bien plus fine et j’en suis persuadé, pleine de surprises voire de bonnes surprises.




                                                     Engageant?

Et puis, Nazaré est très, très touristique. Le front de mer présente le type de tourisme que je hais, alliant tout et n’importe quoi: cohue, marchands ambulants, boutiques de souvenirs, fête foraine, divers stands saisonniers, cirque d’été … Dans ce contexte de foule et de délires touristiques, je ne me sentais pas très à l’aise dans ma ballade nocturne du samedi soir. Je me suis quand même envoyé en l’air en prenant le funiculaire ( chouette  vue là-haut). J’ai fini par prendre un coup dans un pub irlandais en regardant un film d’action sanglant à la télé ( pas besoin de son pour comprendre).  Je me disais que j’allais repartir le matin. 
Et puis le lendemain matin, j’ai décidé de rester une journée, de reprendre le funiculaire pour voir la ville de jour ( superbe), de me rendre sur le site pour  dominer le spot de surf de la praia du nord ( sans vague ce jour). J’ai  déambulé  dans le coeur de la vielle et jolie ville aux nombreuses rues piétonnes et essayé d’imaginer la vraie vie des pêcheurs. J’y ai dégusté avec plaisir la « caldeirada » genre de bouillabaisse  locale .  
Nazaré  a un charme trouble, troublant avec quelque chose d’attachant pour qui sait ne pas voir le tourisme pénible surtout du bord de mer. 




                                 Vente de poissons séchés sur la plage.



Mardi 30 aout,

J’ai quitté Cascais à 9 heures pour Sines à plus de 50 miles.




                                                Soleil levant sur Cascais.

Le vent était absent ( encore)  mais le courant rendait la mer pénible dans l’estuaire du Tage ( clapoteuse, houleuse). J’ai traversé le Lisbon Canyon marin ( 1800 mètres de profondeur à 5 milles de la côte).
Vers midi, j’ai atteint le cabo d’Espiche ,très bel endroit avec des hautes falaises aux strates inclinées  à 45°. A l’extrémité, une grosse propriété d’allure baroque, un phare blanc aux tuiles rouges et tout au bout 3 petits maisonnettes dominent l’océan. 
En approchant du cap, le vent est apparu , de nord nord-ouest , soufflant d’abord à 10-12 noeuds pour atteindre assez rapidement 20-25 noeuds ( voiles d’abord en ciseaux puis sous seul génois arisé et tangonné ensuite. J’ai mis Georgette au boulot. Que c’est bon, la voile pure sans le bruit du moteur et du pilote. 
J’ai mouillé dans le port de Sines entre le port de  pêche à l’ouest  et la marina à l’est , devant la praia Vasco de Gama.  La nuit a été calme au pied du château du même Vasco de Gama, célèbre navigateur  qui aurait été le premier à atteindre les Indes par la mer en passant par le cap de Bonne Espérance en  1498. 




                                             Soleil couchant sur Sines.

Wikipédia dit « Il avait  quitté le Tage le 8 juillet 1497 avec 200 hommes d'équipage à bord de quatre navires. Il progresse malgré les ravages de la dysenterie et du scorbut, fait cette grande « volte » au large du Brésil pour rejoindre les côtes africaines, faisant étape dans les différents comptoirs  jalonnant la route maritime de Bartolomeu Dias. Il double le Cap des Tempêtes le 22 novembre 1497, emmène avec lui des guides indiens ou musulmans, prêtés ou arrachés de force aux petits souverains des côtes d'Afrique de l'Est car ils connaissent bien les courants de l’Océan Indien,  s'ancre au port de Pantalayini à une vingtaine de kilomètres de la cité-État de Calicut aux Indes le 21 mai 1498 puis débarque sur la plage de Kappad  le 28 mai, son équipage en guenilles étant exténué ».





                                                   Vasco, il en impose.

J’ai débarqué sur la plage avec mon annexe pour visiter cette petite ville historique intéressante , avec un petit air déjà plus méridional.  

Jeudi 1er  septembre,

Septembre! Et ouais, le temps passe, les jours raccourcissent … L’automne approche. 
Aujourd’hui, l’Algarve est pour moi juste après le Cabo Sao Vicente à 60 milles  quasiment plein sud puis encore 20 milles pour atteindre Lagos à l’est soit un total de 80 milles.
J’ai quitté Sines à 6h30 avec un vent … nul! Encore du moteur. J’ai débuté par  une heure et demi de navigation de nuit avec une bande de petits dauphins matinaux et un bateau de pêche sans feux à 3 milles de la côte!
16 heures: vent inexistant, mer peu agitée, houle modérée, beau temps chaud plus ou moins brumeux  avec une visibilité réduite à 5 milles, 30° dans la cabine. Je suis à 3 milles du cap Sao Vicente et donc de l’Algarve.
Ces derniers jours le vent de nord avait été fort en deuxième partie de journée et  donc bloqué pas mal de voilier dans le sud du Portugal.  Aujourd’hui, j’ai compté une trentaine de bateaux qui remontaient vers le Nord. Je revois la côte depuis quelques milles . Il s’agit de hautes falaises (100 mètres) , parfois très belles et plissées , en plateaux , avec de rares habitations et de rares vallons où, au fond de chacun,  serpente une route (couleur beige)  d’accès à une plage. Malgré une houle inférieure à 2 mètres ,  la mer vient gicler en grandes gerbes d’eau sur les rochers en bas des falaises. 
Je me rapproche sérieusement du cap de Sao Vicente. En haut et tout au bord de la falaise, le phare aux bâtiments imposants domine,  et juste en bas un énorme rocher sombre de la hauteur de la moitié de la falaise, en forme de silhouette de moine  semble sortir le torse et la tête  de l’eau et le surveiller. J’étais à mi-marée descendante et Java avait plus d’un noeud de courant contraire au passage de la pointe.




                                                          Cabo Sao Vicente.

Ca y est, je suis en Algarve.
En l’espace de 2 ou 3 milles, la mer a complètement changé d’aspect et d’allure. Je suis comme sur un lac, sans houle, sans vague, sans clapot. Le contraste est saisissant comme deux mondes à part. J’ai une impression de plus forte chaleur. 
Je vois un aileron qui dépasse puis une grotte marine qui souffle très fort avec des gerbes d’écume qui montent  très haut, puis des petits dauphins qui s’éclatent comme toujours, des puffins au vol rasant,  des fous de Bassan qui plongent… toute une vie qui s’anime. 
Sur cette côte sud, plusieurs anses offrent des mouillages tranquilles par vent du nord mais attention si le vent passe est ou sud.
Quelques sites éoliens apparaissent ( peu d’éoliennes sur la côte ouest portugaise). Les pales sont au repos. Près de Punta de Torre, un village se niche sur les versants d’un vallon et expose ses maisons toutes blanches face au sud ouest, façon  grecque, juste au-dessus de la plage. 

A marée basse, juste au moment où le soleil disparait à l’horizon, après 80 bons milles effectués dans la journée, j’entre dans le port de Portimao à 23 miles du cap Sao Vicente à l’ouest  et à 30 milles de Faro à l’est où Claudie vient me rejoindre en milieu de semaine prochaine.






                                                      Arrivée à Portimao.



dimanche 28 août 2016

Galice suite et fin.

Jeudi 11 août, Puerto de Cruz

Je suis dans la plus grande ria de Galice, celle de Arosa qui propose de nombreux mouillages possibles et … de multiples marinas.
J’ai quitté Freixo, lundi par un vent de nord-est de 20 noeuds donc portant . Je me suis faufilé le long de la côte où travaillaient de nombreux bateaux de pêche , au filet,  avec des casiers ( et à la ligne ?)  .  Je suis passé dans les étroits passages  du canal de Sagres et le Paso de Carreiro au sud du petit port d’Aquino où j’ai failli m’arrêter. J’étais  arrivé dans la ria d’Arosa et  je suis remonté,  le vent dans le nez,  jusqu’au port de Riveira où j’ai passé une nuit tranquille au mouillage  à l’abri derrière la petite île de Corosa.
Java n’avançait pas bien , comme freiné et j’ai probablement pris un bout ou des bouées de casiers ou toute autre M… dans l’hélice. Il me faudra échouer afin de nettoyer. 



Séchoir à grains caractéristique de Galice ( ici sur le port de Cambaros).


Au matin, le vent a bien forci, toujours de nord-est et j’ai décidé de remonter jusqu’à la petite et récente marina de Puerto de Cruz où je suis arrivé péniblement avec Java qui patinait  dans 25 noeuds de vent dans le pif. Puis pendant deux jours,  le vent a soufflé fort, jusqu’à 30-35 noeuds avec de nombreuses et violentes rafales. Le port est bien protégé et  abrite beaucoup de bateaux de pêcheurs professionnels « cultivant » des moules dans des  « viveros » très, très  nombreux dans la ria et nécessitant beaucoup d’attention à la navigation ( la Galice fournit, je crois, 97% des moules espagnoles, le tonnage produit est impressionnant).

Hier, j’ai fait le grand nettoyage du bateau: dedans, dehors, y compris  l’annexe… J’ai même attaqué  la grande lessive à la main, sur les banquettes en « treadmaster » du cockpit , avec ensuite un séchage ultra-rapide au fil à linge improvisé, pavoisant bizarrement Java.  

Ce matin, je suis venu m’échouer sur la cale de la marina afin de vérifier les dessous du bateau. A marée basse, j’ai inspecté  et je n’ai rien trouvé!  Les cochonneries  s’étaient volatilisées tout comme mon anode d’arbre d’hélice. J’ai simplement noté quelques brins de filets autour de mon coupe-orin ( qui avait fini par effectuer son boulot. Juste avant d’arriver à la marina, j’avais senti  le moteur perdre  du régime probablement dû au départ des bouts de filets, bouées de cassiers ou autres  M…). 

La Galice vit son été le plus sec depuis la fin du XIX ème siècle. Malheureusement de multiples  incendies ( la plupart du temps d’origine criminelle ! ) ont ravagé et ravagent encore des milliers d’hectares de forêt ( conifères et eucalyptus notamment) . En permanence, depuis 3 jours, je vois des flammes ou de la fumée qui s’échappent des collines environnantes ou plus lointaines.  Avions et hélicoptères bombardiers d’eau n’arrêtent pas leur manège.  A la nuit tombée, les collines rougeoient  et au Portugal, la situation serait encore pire surtout dans les environs de Porto. Les différences de climat entre les Asturies, la Galice du nord d’une part et la Galice de l’ouest  sont énormes ( quasiment 8-10° de plus dans les « rias bajas » que dans les « rias altas » ).





                                           Incendies vus de Puerto de Cruz

 Dans le nord de la Galice, les habitations sont pour la plupart regroupées dans des villes ou bourgades mais à l’ouest, l’habitat est plus dense et surtout plus dispersé. La religion catholique  a fortement imprégné la vie  et conserve une grande présence visible y compris dans les multiples fiestas. Cependant la plupart des  églises et des chapelles ont des aspects bien moins ostentatoires que chez nous ( en tous cas pour celles que j’ai vues) .  L’église n’est pas forcément au centre du village, ni le centre du village et donc le village n’est pas forcément autour de l’église. Il s’agit d’un ensemble où chacun a uniquement sa place.  

Aux Asturies mais peut-être encore plus en Galice, des milliers d’éoliennes trônent  sur les hauteurs et modifient incontestablement le paysage. Personnellement, c’est l’éparpillement qui m’agace. Autant, les grandes concentrations d’éoliennes sur des sites bien choisis représentent une bonne alternative aux énergies sales, autant les multiples sites de quelques éoliennes ne me paraissent pas indispensables. 

Aux Asturies mais encore bien plus en Galice, la pêche, poissons et mariscos  ( fruits de mer) font partie du paysage. Des milliers de viveros  tapissent les rias et des centaines et des centaines de bateaux de pêche ( petits, moyens et grands)  parcourent les rias et les côtes ( jusqu’à des dizaines de milles au large).  Les  chantiers navals ( « astilleros ») sont nombreux dans toutes les rias et paraissent productifs. Les poissons et fruits de mer sont sur toutes les tables. 






                         "Bateau à  moules" de 20 mètres de long qui se compte par centaines.


Un corollaire pénible à toutes ces pêches est la concentration inimaginable de goélands qui polluent vraiment par leurs cris incessants et leurs merdes conséquentes. Au vu du nombre de jeunes, le problème n’est pas prêt d’être résolu. Ca me rappelle la Cornouaille anglaise. Les goélands se multiplient proportionnellement à la nourriture qu’ils trouvent. Ici, ils sont gavés et délaissent même certaines caisses de poissons plus ou moins avariés laissées à l’air libre près des conteneurs poubelles.  Et ils sont hardis, les coquins: l’un d’entre eux s’est posé à ma table ( et même SUR ma table) pour me piquer mes tapas! Ils sont beaux  et élégants mais leur surnombre me fait les haïr.  

Un autre corollaire à cette concentration de bateaux, de pêche, d’aquaculture  est la qualité de l’eau de mer qui me parait pas terrible. Les ports ne sont pas d’une propreté exemplaire, l’eau est souvent irisée d’hydrocarbures même au milieu des rias. Les sacs en plastique pullulent ( ici leur consommation  est considérable et même démesurée). Les pêches professionnelles et de loisirs sont partout. L’Espagnol est pêcheur et le Galicien encore plus. Comment reste t-il encore du poisson? 




"Eaux bonnes à la baignade" qu'ils disaient ( port-plage de Cambaros).


Puerto de Cruz est un petit village un peu triste avec peu de bars et pas de restaurant mais avec pas mal de petits commerces et même une supérette . Cependant la marina est bien tenue. Mais pourquoi donc avoir installé sur les catways  des protections noires qui décolorent fortement et salissent les défenses et les coques ( louable intention mais conséquences désagréables: rien que pour cela, je n’y retournerai pas) ? 
Le nombre de marinas a considérablement augmenté depuis 10-15 ans et beaucoup d’entre elles sont loin d’être remplies. Les infrastructures sont considérables. La plupart des marinas se sont intégrées à l’intérieur même des ports ( pêche et commerce)  et construites lors de leurs agrandissements. Les travaux ont souvent été gigantesques avec des digues, des enrochements … impressionnants. Je me pose toujours la question de l’origine des financements … devant l’importance des travaux réalisés. 

Dimanche 14 août, au mouillage entre Isla Toxa Grande et Isla Toxa Pequena, à 2 milles de Cambados au sud-ouest de la ria d’Arosa. 

Java viens de passer deux jours , tout seul, à l’échouage,  dans le vieux port sans marina de Cambados. La ville ancienne, très touristique ( c’est la première fois que je dois payer ma consommation lorsque l’on me l’amène) , assez jolie avec des bâtiments historiques, manque tout de même un peu d’harmonie. Elle est commerciale et vivante avec notamment un imposant marché  aux poissons couvert . S’y promener est un plaisir. La Galice produit quelques vins. L’ »Albarino » qui à mon avis ressemble beaucoup au muscadet, est produit dans la région. Parfois, le vignoble pénètre les faubourgs de la ville . 






                                  Marché aux poissons Cambaros.

Au fond du vieux port, une plage accueille quelques amateurs du bronzage. Un panneau donne une note aux eaux de baignades: 3 sur 4 donc bonne. Cette notation est scandaleuse. Pendant les 2 jours de ma présence, des dizaines de chiens ( souvent en liberté) y ont fait leurs besoins ( la plupart du temps non ramassés), les eaux du port ont constamment été sales et polluées par les hydrocarbures et divers détritus. Quel intérêt d’instituer une notation concernant les eaux des ports toujours plus ou moins « crados » et d’ailleurs plutôt bien plus que moins? Malgré tout, je pense que les choses évoluent dans le bon sens : moins d’épaves à trainer, stations d’épuration plus efficaces, moins de carénage sauvage, plus de précautions dans les stations de carburant , plus grande prise de conscience des professionnels …  mais on est bien loin du compte. 

La pluie est toujours absente mais, les températures ont bien chuté. Les nuits ont toujours été fraiches. Comme ce matin, la brume et le brouillard gagnent du terrain ( habituels dans la région). 

Cet après-midi, la brume s’est partiellement levée. Ce soir, à 19 heures, l’air s’est considérablement refroidi ( 17° contre 25° voici 2 heures) et la visibilité est inférieure à 100 mètres. J’ai tout fermé le bateau  en laissant quelques filets d’air d’aération. Serait-ce déjà la fin de l’été?  Nous sommes seulement deux voiliers sur une grande zone de mouillage, ancrés par 6 mètres d’eau, à 200 mètres du rivage et  à 2 kms du bourg de O Grove. Ce brouillard dense mais peu épais ( le soleil est entrevu), dû à la grande différence de température entre l’air et la mer, me fait penser à celui des bancs de Terre Neuve et de Saint Pierre et Miquelon pendant l’été, dû à la grande différence de température entre l’air et l’eau.






                                        Purée de pois assez fréquente ( normalement, c'est pire). 


Lundi 15 août.

Cet après-midi, je suis descendu à terre sous le soleil. l’Illa  de Toxa, petite île ( moins de 100 hectares à la louche) reliée à O Grove par un pont ( depuis certainement plus d’un siècle)   est en fait un lieu touristique  haut de gamme  avec ses 2 grands hôtels 5 étoiles , avec  le plus ancien terrain de golf de Galice, avec une petite marina  privée , avec un quartier résidentiel de vacances luxueux  et sans oublier la station thermale. A la vue de la valeur des voitures et des bateaux, la fameuse crise que nous vivons n’a pas touché et ne touche pas tout le monde de la même manière, loin s’en faut. Mais tout est calme et gardé plus ou moins discrètement.  Décidément les terriens n’habitent pas tous les mêmes espaces. Une ségrégation de fait existe.  
J’ai marché jusqu’à O Grove, port de pêche touristique assez vivant. Les possibilités de mouillages voire d’échouages sont multiples dans le secteur pour les bateaux à faible tirant d’eau. 
Demain, je change de ria pour rejoindre celle de Pontevedra. 





                                   

"Forêt" rafraichissante de l'illa de Toxa

Mais en fait en quoi consiste un bon mouillage? Il est facile d’accès à toute heure de marée ( et aussi facile pour le  départ),  protégé de tous bords, avec un fond de bonne tenue, pas trop encombré … Mon petit Java avec son faible tirant d’eau et sa possibilités d’échouage me permet de multiplier ces bons mouillages non atteignables pour la plupart de bateaux devenant trop grands, aux grands tirants d’eau et  sans pouvoir échouer.  La plupart du temps, les zones de mouillages protègent simplement contre certaines directions de vent et il faut savoir quitter les lieux au moindre doute pour éviter de se faire remuer ( encore plus si des vents forts sont annoncés) . 

Mercredi 17 août.

Hier, j’ai quitté mon petit mouillage tranquille. J’ai longé la côte ouest de la peninsula de O Grove, qui ressemble beaucoup à la côte nord de la Bretagne avec ses chaos de Granit encadrant les plages de sable blond ou blanc.  J’ai rejoint  la ria  de Pontevedra où je suis arrivé en milieu d’après midi à Bueu, port de pêche sur la côte sud. Tout petit, Java est à l’ancre devant la grande plage de la ville en compagnie de 3 autres voiliers: un hollandais de 11 m de long et deux français de 15 mètres pour l’un et plus de 20 mètres pour l’autre. Décidément les voiliers de moins de 10 mètres ont disparu de la circulation.  Depuis que je suis arrivé en Espagne, je n’ai pas rencontré de bateaux de voyage plus petits ( ou moins grands ?) que Java. 
Hier, j’ai visité avec intérêt, et gratuitement ( beaucoup de musées sont gratuits en Espagne)  le musée « Masso » du nom du patron et créateur des anciennes usines d’industries de conserves de poisson de Bueu qui ont périclité dans les années 1980-90. La pêche à la baleine y est relatée et sa suspension expliquée brièvement. J’ai visité ces dernières années plusieurs musées concernant  cette pêche ( Madère, Canaries, Açores  …). Tous relatent de l’héroïsme des marins-pêcheurs mais aucun du même héroïsme des marins de Greenpeace qui se sont battus comme des brutes pour parvenir à « interdire » cette pêche et probablement à sauver la plupart des espèces de baleines survivantes.  Personnellement, même si la finalité était bien différente, j’admire autant le courage de Greenpeace que celui des pêcheurs. La « baleine franca » ( en espagnol ) a tout de même été exterminée. La commission baleinière  mondiale a suspendu cette pêche en 1985 mais certains pays passent outre tels le Japon, la Russie, l’Islande…  En 1980,  25 000  baleines avaient été pêchées contre 1 600 en 2015.  Dans ce musée, j’ai visionné d’anciens films sur le dépeçage des baleines à terre : toujours aussi impressionnant. 

Ce matin, il … pleut, si, si, pour de vrai, sans être le déluge, sans vent, mais avec des vraies gouttes qui mouillent. Ca fait tout drôle. Je crois que je vais rester peinard  aux abris à bouquiner et écrire. La ria de Vigo sera pour demain. Les 3 autres voiliers sont toujours là et ce matin un bateau de pêche relevait ses filets tout proche d’eux. Il est  fréquent, en Galice ,  qu’un bateau de pêche vienne travailler à proximité de voiliers au mouillage. Cela m’est arrivé à deux reprises. A chaque fois, je leur ai demandé si je les gênais mais non «  no problema» dit avec le sourire en me montrant leurs prises! Comme je l’ai déjà noté, les bateaux de pêche, les ports et les marinas sont extrêmement nombreux  et obligent professionnels et plaisanciers à se côtoyer en permanence. Et j’ai le sentiment que le partage de la mer est plus facile que chez nous, en Bretagne. Par contre, ça pêche partout et beaucoup et les engins de pêche, plus ou moins bien signalés,  pullulent. 
Hier, j’ai longé la côte nord de la ria de Pontevedra puis suis venu ici à Bueu. Je n’y ai pas noté de grosses pollutions. La ria de Arosa, que je viens de quitter, est bien plus grande avec de nombreux îles et îlots, et des « viveros » par centaines. Par contre, j’ai trouvé cette dernière ria très polluée avec beaucoup de déchets divers , de plastiques, avec une eau souvent très irisée de produits pétroliers … Pas très appétissants tout cela.  Tant pis si je le répète. 





                   Pollution encore et pourtant, je pense qu'il y a des progrès!


Jeudi 18 août.

Hier vers midi, le soleil est revenu et j’ai quitté Bueu pour la ria de Vigo. Après 3 ou 4 heures de navigation ( dont les 3/4 au moteur), en passant au milieu des vivaros ( passage prévu),  je me suis planqué dans un vrai bon petit mouillage dans l’ensenada de Limens près de Cangas: calme, beauté du paysage, pas de passage, pas de bruit… Un autre voilier breton est venu me rejoindre pour la nuit. 
Ce matin, au lever, il faisait frais ( 15 degrés dans la cabine) et le pont était trempé par la rosée. J’ai même mis mon petit chauffage Wallas pour un quart d’heure puis suis parti sur Vigo vers 9 heures. Toutes les rias sont très actives et le trafic maritime est intense ( je viens de compter plus de 50 bateaux qui naviguent ( qui bougent ) autour de moi  , de la simple petite barcasse de 3 mètres de long au paquebot  de passager de plus de 200 mètres de long). 

Vendredi 19 aout Vigo.

Java est au ponton bruyant des petits bateaux de la marina du Real Club Nautico de Vigo en plein centre ville, près d’un grand centre commercial, du quai des gros paquebots de croisière et du départ des vedettes pour la visite des îles de Cies. La nécessité de réparer une fuite au niveau de l’annexe et de trouver une pièce pour mon verni de pilote ( encore lui) explique ma présence ici. La  vielle ville n’est pas désagréable. La zone portuaire hyper active avec plusieurs marinas ( 4 ou 5), ses ateliers maritimes, ses trafics maritimes de marchandises et de passagers … s’étalent sur 4 kilomètres! Elle est dominée par des grands immeubles pas très esthétiques. Le tout n’est pas dysharmonieux mais il s’agit véritablement d’une grande vile très active, bruyante et assez poussiéreuse.


Samedi 20 août, Césantes.

J’ai quitté Vigo, hier après midi,  pour me rendre à Baiona au sud-ouest de la ria. Le vent prévu de nord-ouest donc favorable a préféré venir de sud-ouest (en fait,  il fait ce qu’il veut ) pile poil dans le nez. Tant pis, Baiona sera pour plus tard et je décide de remonter la ria jusqu’à l’ensenada de San Simon qui se cache derrière le pont suspendu de Rande. Le vent dans le cul est tellement un plaisir!
Je suis donc arrivé hier soir à marée haute dans cette anse qui représente en fait une mini-rade de Brest de 3 kms de large par 4 kms de long, peu profonde ( de 0 à 6 mètres d’eau, 2 en moyenne donc peu attrayante pour les « gros » voiliers ), bien protégée  et calme. L’entrée de ce amphithéâtre  naturel, presque comme un lac,  s’effectue par un goulet de 200-300 mètres de large. 
J’ai mouillé à 300 mètres du rivage devant le village de Cesantes en compagnie d’un bateau basque français de Bayonne, tout près de l’île de San Simon qui me fait penser à l’île de Tibidy au fond de la rade de Brest mais en plus « travaillée ».  L’île ( 400 mètres de long par  100 ou 200 mètres de large à la louche), boisée de feuillus et d’eucalyptus, présente beaucoup de murs de protection et quais en pierre de taille et même un tout petit port, un pont en pierre avec plusieurs arches qui la relie à un autre îlot. La pointe sud est rocheuse et se prolonge par quelques amas de roches où trône  un calvaire au milieu de la mer. 






                                     Mouillage devant l'île San Simon.


Il est 16 heures. L’odeur du pain qui cuit  remonte jusqu’au cockpit où j’écris. Le plan d’eau est calme. Les espagnols  sont à la sieste. Plus qu’une heure de tranquillité. Vers les 17 heures, tout s’anime jusqu’au coucher du soleil, puis bien plus tard dans les divers restaurants, troquets…

 Que c’est beau. Que c’est beau d’être au milieu de ce cirque presque montagneux , aux collines boisées, aux villages de toits oranges. Comme souvent, sur la côte ouest de la  Galice,  le matin, le vent est calme puis vers 14 heures, il apparait tranquillement puis  forcit jusqu’à 15-20-25 noeuds avant de disparaitre à la tombée de la nuit. 
La mer monte  assez vite ( 3.40 mètres  de marnage pour un coefficient de102).  Ce matin, en me baladant avec mon annexe, quelques pêcheurs à pied s’activaient avec leurs bouteilles de sel pour cueillir des couteaux ( peut-être que demain, moi aussi …). 
Java pivote largement sur son mouillage et le paysage somptueux défile devant moi: il fait soleil, 24 degrés et  le vent passé au nord rafraîchit , les cumulus se promènent dans le ciel. Je suis à la croisée des chemins. Parfois un avion, décollant ou atterrissant à Vigo, passe à basse altitude. Sur bâbord,  à 2 kms, l’autoroute emprunte le pont et sur tribord, les trains, parfois de marchandise, longent le sud de l’ensenada. Le trafic autoroutier est inaudible, le trafic des chemins de fer semble limité et celui des airs clairsemé.  L’habitat est discret. C’est beau et je suis bien. Il est dit que l’on reconnait le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Pas ici, même silencieux, je le reconnais. 

Je suis un amoureux des paysages maritimes indomptables, sans cesse changeants, sans cesse provocateurs, sans cesse théâtraux, parfois tendres, parfois rudes … Je crois que je viens d’en prendre conscience et qu’il s’agit probablement de la raison principale qui m’oblige  presque à naviguer. 





Coucher de soleil dans l'ensenada San Simon ( pas original, mais en bateau, on les voit).


Depuis que je suis « jubilado », je n’arrête pas de me répéter  «  prends ton temps!!! », «  prends ton temps » et c’est dur! Et pourtant, sans cette prise temps, je passe à côté de l’intérêt de l’endroit où je suis.  Découvrir moins mais bien, toute une philosophie à appliquer …

Dimanche 21 août 17 heures.

Je suis toujours devant Cesantes. Comme la plupart des après-midi,  depuis je suis dans les « rias bajas" ( celles de l’ouest de la Galice), la brise de mer d’ouest voire d’ouest sud-ouest souffle assez fort ( jusqu’à 20-25 noeuds au moment le plus chaud de la journée et en fait conséquence de la différence de température entre l’air et l’eau ) et le plan d’eau s’anime mais sans devenir désagréable puisque l’ensenada est abritée et peu profonde. Il faut savoir tenir compte de cette particularité  habituelle et prévoir un mouillage abrité de cette direction.  Ce matin, le vent était nul et ce soir à partir de 21-22 heures, il deviendra fort probablement  très modéré voire nul. 





                                      Cesantes à la tombée de la nuit.

En un seul jour sur un  voilier, en navigation mais même aussi au mouillage ( pas dans les ports évidemment) ,  j’ai la sensation de vivre plusieurs journées tant les conditions sont souvent changeantes. Quelques cormorans pêchent, quelques sternes crient, quelques poissons  ( probablement poursuivis par des plus gros qu’eux) émergent brutalement, bruyamment et furtivement de l’eau, une buse a survolé le plan d’eau et tout à l’heure, deux grands dauphins, aux mouvements lents et harmonieux,  sont venus souffler à quelques mètres de Java …   Je  n’ai jamais le temps de tout faire. Marée basse: vais-je ramasser des coquillages ou bien prendre mes jumelles et me balader le long des vasières pour admirer les oiseaux ? Marée haute: vais-je sortir ma canne à pêche, ou bien gagner avec l’annexe cette petite anse  à sec, paraissant coquine, cachotière, et planquée à basse mer? Et à toute heure de marée et du jour : vais-je bouquiner dans le cockpit ou sur la couchette, ou écrire quelques lignes, ou ne rien faire du tout ( pas facile: je ne m’entraine pas assez ou je n’ai pas la bonne recette … ) ,  ou regarder autour de moi tout ce paysage garni, toutes ces activités humaines de travail ou de loisirs  qui défilent devant mes yeux ou bien aller prendre un pot au café d’en face, ou réparer encore ce P... de pilote électrique ? 
Et même si 99% de mon attention est errante, le 1% restant est ( ou en tous cas, devrait être) toujours prêt à percevoir l’imprévisible et à réagir face un imprévu concernant le bateau, même au mouillage:  Java ou son voisin qui dérape, une amarre qui lâche , le taud qui flotte anormalement, un bateau « ivre » qui s’approche trop près, l’annexe qui prend l’eau, pire le bateau qui coule ( non, je plaisante, quoique …). Avec l’habitude, ce 1% indispensable fonctionne tout seul en deuxième rideau: je n’entends plus les bruits continus et constants du bateau ( un voilier est toujours « bruyant ») mais je perçois presque l’inaudible. 
Déjà 18h30! Entre temps, j’ai vu une aile volante toute proche et je me suis laissé attirer par tout ce spectacle nautique qui m’entoure. Deux « kite-surfs , voilure bleue  et blanche pour l’un,  rouge  et verte pour l’autre, promènent rapidement les deux « pilotes »  qui se débrouillent très bien sur cette surface clapoteuse. Un planchiste est moins à l’aise. Quelques canoës fendent les vaguelettes.  De temps en temps, un bateau à moteur passe, souvent à fond… ou presque.  La puissance des moteurs est devenue impressionnante ,  les vitesses sont ahurissantes et les limitations de vitesse peu respectées.  J’entends un train qui siffle ( si, si) et un avion qui vient de décoller de l’aéroport tout proche. Le vent continue à bien souffler, le plan d’eau reste agité: tant pis pour la ballade en annexe. Le long du rivage, les petites barques sont chahutées. Le vent siffle dans la mâture. Les batteries sont chargées  à 100% et j’arrête l’éolienne ( que j’ai fait fonctionner moins de 10 heures depuis que je suis en Espagne). 

Lundi 22 aout.

Les brises de mer étant de plus en plus longues et fortes, j’ai déménagé de 2 miles pour me mettre  plus à l’abri devant Punta Soutelo. Le coin est assez perdu, moins joli mais au moins, le clapot est bien moindre et le passage des bateaux à moteur quasi absent.
Ce midi, à peine arrivé, je suis descendu sur une grève toute proche pour la pêche à pied. Moules, coques et couteaux sont au programme. Je commence par les coques et les palourdes. En 10 minutes, j’en ai assez. J’allai attaquer les couteaux quand je vois un jeune gars avec un tee shirt vert pâle administratif qui s’approche de moi et m’explique qu’il est interdit de ramasser des coquillages ici  et que normalement je devrais recevoir une             " multa " ( PV en Espagnol). Je dois vider mon sac de cueillette . La pêche, même à pied,  parait très réglementée et surveillée avec semble t-il des zones de reproduction, de ramassage des « lombriz » ( vers marins pour la pêche). Certaines petites pêches se pratiquent même à la rame avec des types d’enfin aux dimensions précises … Et c’est bien mais encore faut-il le savoir. 


Mardi 23 aout.

Descente sur Baoina que j’atteins vers midi. 
Avec beaucoup de plaisir, je retrouve cette belle ville, peut-être devenue trop touristique mais avec un charme fou: petites ou grandes plages de beau sable blond, petites ruelles piétonnes et animées avec une vie surtout extérieure, un magique parador sur la petite presqu’île nord. 
J’adore.






    Plage de Baiona avec les îles Cies au fond à gauche et le parador en haut à droite.


Demain, je quitte l’Espagne pour le Portugal avec pour destination l’Algarve au sud Portugal où Claudie me rejoint dans 2 semaines environ. 

J’ai adoré les Asturies pour son authenticité, sa beauté sauvage, sa modestie et son tourisme modéré. Je m’y suis beaucoup plu notamment à  San Esteban,  Corme, Camarinas …
J’ai adoré la Galice pour la beauté de ses rias, son dynamisme, sa personnalité. J’ai beaucoup apprécié Finisterre, Muros ( vraiment super), l’ensenada San Simon, Baigna …
Les Asturies et la Galice sont deux régions avec du tempérament mais que j’ai perçu très, très différentes 
J’y ai passé presque 8 semaines mais y serais bien resté encore un moment.


Et maintenant vive le Portugal.




                                                              "JUBILADO"