lundi 12 mars 2018

El Hierro

Tazacorte, le 10 mars 2018,

Voulant profiter d’un vent portant ( peu fréquent)  pour remonter sur La Palma,  J’ai quitté le port de La Restinga à 23 heures le jeudi 8 mars.



 La Restinga, perdue au bout du bout de l'île mais port de pêche et de plongée très actif, et secondairement de plaisance avec des places limitées et une protection assez relative en cas de gros coup de vent  ou de grosse mer de sud ou sud-ouest.


 Deux heures de moteur ont été nécessaires pour parcourir la «Mar de Las Calmas » au sud de El Hierro et dépasser le phare de Orchilla. Puis j’ai navigué peinardement au portant sous génois seul , par vent de sud-ouest de 15 noeuds environ  sur une mer un peu agitée avec une houle nord ouest de 2-3 mètres ( dépression actuelle sur Madère). Le ciel était clair et merveilleusement étoilé dans une nuit bien sombre. 
Deux heures avant d’arriver à Tazacorte, panne  de vent et le moteur a remplacé les voiles. J’ai revu l’île de La Palma bizarrement avec un oeil nouveau et à son avantage: nuages noyant les sommets , ciel bleu sur la côte, paysages verts voire même verts sombres parsemés de multiples grosses taches blanches ( serres des bananeraies), houle écumant sur les roches volcaniques, palmiers majestueux ...



                                                   Arrivée sur Tazacorte. 


Je suis rentré dans la superbe marina de Tazacorte à 14 heures: bon accueil, bonne prise en charge. Ensuite repas vite faite et sieste méritée. Au soleil couchant, je me suis baladé le long de l’avenue maritime. La houle avait bien gonflée ( 3-4 mètres) et de rouleaux animaient la longue plage de sable gris: ça roule, ça écume, ça gicle, ça vibre, ça souffle, ça gronde, ça envahit l’atmosphère et la cervelle. Les embruns volent et opacifient l’air, le vent assez fort caresse fermement le visage. C’est vivant, tonique, vivifiant, obsédant…



 La grosse tempête Emma du 28 février dernier laissait encore des traces avec des grosses tranchées, des grosses bosses comme des petites dunes   et de multiples  cailloux parcourant la grande plage.  Mais je suis heureux de retrouver cette île qui mérite plusieurs semaines pour la sentir, la percevoir. 

Mais revenons en arrière. Claudie et moi avons profité de El Hierro pendant 3 semaines. 





Bande de tourne pierres apprivoisés à La Restinga.

Nous avons pu parcourir cette petite île surprenante en stop, en bus , en voiture louée,  et surtout à pieds le long des multiples sentiers de randonnées. Et nous nous sommes régalés. 



Derrière les enrochements du port.

Les paysages sont d’une multiplicité et d’une variété assez bluffantes, avec toujours l’océan en arrière plan et souvent même en première ligne. Les quelques photos ci-dessous remplaceront avantageusement les mots. 


Randonnée de El Pinar à San Andres de 700 à 1100 mètres d'altitude en passant par le haut de la côte sud est:




                                                 Vue du mirador de Las Playas.



     Campagne verdoyante et fleurie avec notamment les nombreux amandiers et les  quelques pêchers: superbe.



        Chemins de randonnée empierrés et bordés de nombreux figuiers de barbarie.




Randonnée de El Pinar à San Andres en passant les sommets de l'île de 700 à 1400 mètres:


                                            D'abord les forêts de pins canariens.



         Puis la récompense au mirador de la Llania avec un vue magnifique sur le Golfo.




Randonnée vers la "Dehesa" à la pointe ouest de l'île de 400 à 600 mètres d'altitude





                              El Sabina avec de nombreux genévriers corsé par le vent.






Vue du Golfo du mirador de Los bascos.



La tempête Emma a déversé des avalanches d'eau sur l'île occasionnant de gros et multiples dégâts comme sur ce chemin complètement défoncé.


Randonnée de San Andre à Valverde de 1100 mètres à 600 mètres d'altitude.



Etonnant.




                                                  Des couleurs surprenantes.




Des paysages décalés.



Des paysages multiples.



Statues à l'entrée du centre d'interprétation de la nature près de Valverde, centre abandonné après quelques mois de fonctionnements (  les subventions européennes sont trop souvent gaspillées dans des réalisations infondées et/ou insensées et/ou mal gérées ... et elles sont nombreuses).



Valverde minuscule capitale de 2000 habitants, un peu tristounette à 600 mètres d'altitude.


  Randonnée de San Andres sur le mirador de la pena de 1100 à 600 mètres d'altitude.





Merveilleux paysages de pâturage parcourus par une multitude de muets de pierre sèche.




Ovins surtout mais aussi bovins et quelques chevaux.



        Superbe restaurant du mirador de la Pena, intégré dans la falaise par Manrique
.


                                           Superbe intérieur et bonne cuisine.



Devant le restaurant, pas mal non plus.






Puis retour en stop plus spartiate. Nous avons toujours été pris très facilement  et parfois sans chichi. 


Randonnée de Valverde sur Tamaduste de 600 mètres d'altitude au niveau de la mer.



                                              Tamaduste, mignon tout plein. 




                           Avec des grosses étendues de blocs de lave bien sombres.




       Et de beaux ilots aux constructions originales appréciées par les oiseaux marins.



                    Dernière ballade en bagnole sur Casas Pozo de Las Calcosas



Village de petites maisons en pierre sèche et toits de chaume dans un endroit improbable.


                                                 Vue d'un peu plus près.


Après, comme souvent et partout, des éléments agacent ( peuvent exister ailleurs bien entendu) : 
   
* les carcasses de bagnoles trainant de çi de là, l'île dite écolo a encore bien du boulot. 



  

 * les chevaux et vaches « en liberté » dans les pâturages  dont deux pieds latéraux sont reliés par des sangles pour éviter qu’ils ne s’échappent de leur enclos,



Tout calinou!



Mais malheureusement bien handicapé avec la sangle: marche en boitant et en se déhanchant.


   * le seul « chiotte public «  de La Restinga trop souvent fermé pour diverses causes           ( poignée pétée, cuvette bouchée …), mais nous rentrons dans le standard de bien des pays, y compris l'hexagone.
   * une certaine oisiveté avec des mêmes personnes toujours assises au même endroit devant le port, la plage, … regardant, regardant … sans fin …
   * la difficulté à trouver des bons fruits et légumes  …
   * une absence totale d’économie d’eau ( dans un endroit pourtant bien sec…), 
   * ... 


A El Hierro aussi, nous avons subi la tempête Emma, plus d’ailleurs la grosse mer que le vent. A l’extérieur du port, la mer était très forte avec des vagues de 7 mètres qui venaient s’éclater sur les protections du port. La houle réussissait à se faufiler et entrait en partie dans le port faisant souffrir les pontons et les bateaux. J’avais anticipé et amarré Java au fond du port, le plus possible à l’abri. Cependant les amarres couinaient bien et le bateau remuait sensiblement. 


Nous avons revu avec beaucoup de plaisir Murielle et Patrick du centre de plongée Meridiano, rencontré pas mal de gens marins ou terriens, canariens ou étrangers , sur les routes, dans le village et dans le port.

Nous avons également rencontré une famille de marins  ( les 2 parents et leurs 3 enfants) qui voyageaient sur un gros voilier en acier. Lors de la tempête, dans des conditions assez délicates, nous l’avons aidée à mettre leur bateau en sécurité pendant une demi-journée puis l'avons réconfortée en leur offrant  un bon dîner de crêpes à bord de Java. En retour, à part quelques remerciements oraux, nous n’avons rien reçu, même pas un coup à boire, rien de rien. Trop facile. Qu’ils continuent à bien profiter … des autres. 






Vous le connaissiez? Le pavillon de la Terre dessiné par Oskar Pernefeldt. Je le trouve pas mal et le mettrai bien dans les haubans pour gommer les frontières.






mardi 20 février 2018

La Gomera ( suite)

Mardi 20 février 2018, La Restiga, El Hierro.

Claudie et moi sommes revenus à la marina de San sebastian de la Gomera le 7 janvier 2018 où nous avons retrouvé Java tranquillement amarré aux pontons.


          San Sebastian vu de l'Ouest avec le Teide aperçu sur la droite en arrière fond.


Nous avons un très bon feeling avec ce port, avec cette ville, avec cette merveilleuse île. 


Bien beau Barraquito; lait concentré puis licor 43 puis expresso bien chaud puis mousse de lait puis la poudre de cannelle et enfin le zeste de citron et ... beaucoup de délicatesse. En plus, c'est délicieux. Le tout pour 1,50 euro environ, liqueur comprise bien entendu. Salud!



Nous y sommes bien, sereins, sans stress, « sin estres », peinards, détendus … Nous sommes toujours aussi éblouis par la beauté de cette île, par sa vivacité, par ses multiples  richesses culturelles, musicales, folkloriques, gastronomiques ( mojos, miel de palme, almogrote, barraquito...) , associatives  … tout spécialement de San Sebastian qui, au moins une moitié du temps, vibre de fiestas, de spectacles, de chansons, de bonne humeur…



                          Orchestre folklorique de La Gomera.



                  Le spectacle est partout, bon enfant, improvisé mais ... talentueux.




Ici les danses traditionnelles au son du tambour commençent et se terminent souvent par quelques " phrases" de silbo        ( langage sifflé de l'île).


Défilé de Los Polvos Talco: des centaines de personnes de tous âges vêtus de blanc qui défilent en se balançant du talc les uns sur les autres. Franchement délirant ?!...



Mais tellement bon!



Les fiestas de San sebastian mettent le feu.

Nous y avons vécu les plaisirs des plages, des restaurants, de l’eau de mer, des rencontres, des fêtes multiples et particulières … ( fêtes patronales en janvier, carnaval en février, fêtes qui durent, qui durent ... des jours et des semaines …). 

Raymonde et Guy sont venus nous rejoindre pendant une dizaine de jours à La Goméra puis nous les avons suivis quelques jours à Tenerife pour bénéficier quelque peu du deuxième plus grand carnaval du monde à Santa Cruz (après celui de Rio). Nous y avons pris plein les pupilles, plein les tympans, plein les papilles, plein les sensibilités. 



                         Au mirador de Palmarejo: Valley Gran Rey en contre bas.


Les activités furent très variées, festives bien entendu mais aussi physiques avec  des activités nautiques, des randonnées à pied ou à vélo, ou plus peinardes en bagnole. 



            Valley de Hermigua aux multiples terrasses cultivées: une beauté rare.


                        Sur le chemin de Cuevas Blancas (1).





Cherchez les petites maisons plus ou moins troglodytes ou pas du village abandonné de  Cuevas Blancas ( surveillé par le Teide à droite)( 2)! Trouvées?



        Mon pote Gilles se repose à l'entrée d'une habitation abandonnée où nous avons casse-croûté ( 3). 


     Vue de l'intérieur: tout est resté en plan! Un  calendrier sur un mur date de 2006 (4).

Cuevas Blancas est un exemple parmi de nombreux villages ou hameaux de l'île abandonnés  où il est toujours émouvant d'imaginer les existences passées.



Ici L'ancien port de Alojera avec sa plage sur la côte ouest de l'île, charmant village à moitié vivant ou à moitié mort, tente de revivre . Devant ces habitations, un bout de quai a survécu aux tempêtes tandis que des restes d'enrochements se devinent au dessous des eaux claires. 




Hiver oui,  mais ici par exemple,  sur Playa de la Guancha,  bien abritée , assez confidentielle et accessible uniquement à pied ( ou en bateau si mer belle) , il est possible de bronzer à poil toute l'année, éventuellement bien au chaud derrière des petits murets élevés à même la plage. A des années lumières du tourisme de masse.




Port de Playa Santiago: un déluge de couleurs.




Arrivée des pêcheurs à Playa Santiago où l'on voit les thons au bout du filin de la grue.




                                  A chacun son style.

Aux Canaries aussi, l’hiver est là, la petite laine est de sortie, parfois même , mais rarement, le parapluie peut s’avérer utile. Le vent souvent fort, agréable et rafraichissant en été,  devient parfois un peu pénible lorsqu’il souffle en grosses bourrasques puissantes et soudaines. 

La ville de San Sebastian est vivante, active, cosmopolite, sécurisante, terriblement envoutante, …  Il s’en dégage un parfum très particulier , assez troublant qui, peu à peu nous attire et nous imprègne profondément. San Sebastian est une ville qui se vit plus qu’elle ne se décrit. Elle nécessite un peu d’attention, de la délicatesse, une petite dose de patience pour se caler sur la bonne longueur d’onde mais une fois que vous y êtes, il ne faut plus toucher à rien et il suffit de se laisser bercer ou secouer ( c’est selon les moments) pour déconnecter du quotidien et de la morosité. 

La Gomera, Claudie et moi adorons.

Pauvre Java qui s'impatiente de reprendre un peu la mer. J'admets qu'il y a du laisser aller quand aux navigations. C'est ainsi.

Le mercredi 14  février, nous appareillons pour le mouillage de Puerto Vueltas à Valley Gran Rey pour 13 milles de mer. Nous passons la nuit dans ce mouillage de rêve, d'une beauté extraordinaire au coucher du soleil.


                            Mouillage au bas des falaises de Valley Gran Rey!


Puis  le lendemain au matin, nous levons l'ancre pour El Hierro pour une bonne quarantaine de milles que nous ferons à la voile, au portant, par 15 noeuds de vent sur une mer peu agitée, accompagnés d'une multitude de petits dauphins toujours aussi joyeux et enthousiastes.


                                            



                                    Comme si Java ne savait pas où il allait!!!

 Après avoir longé la côte sud-est de la montagneuse El Hierro, et avoir aperçu les 5 éoliennes veillant sur la capitale Valverde ( 2000 habitants) accrochée à 600 mètres d'altitude,  nous avons rejoint le port-marina de La Restinga où nous nous sommes amarrés aux pontons au côté d'une petite dizaine de voiliers.



                           Valverde: un peu frisquet à 600 mètres d'altitude.





Port mixte "pêche- plongée- plaisance" de La Restinga dans son environnement volcanique de bout du monde.




                                                    La Restinga au soleil couchant.








                                              Claudie et Gildas vous saluent bien.