jeudi 4 juin 2020

Suite Sein et Rade de Brest.

Le Passage , Dinéault, le 4 juin 2020,

Java est  au mouillage au Passage sur l’Aulne à Dinéault. De part et d’autre de la rivière, Dinéault d’un côté et Rosnoën de l’autre, une cale qui permettait les embarquements et débarquements sur les barges avant la construction du pont de Térénez.

Mais revenons en arrière. 
Le 29 mai, j’ai quitté Sein pour Audierne pour récupérer Claudie qui vient me rejoindre pour quelques jours: pas de vent,  Raz de Sein  tout plat puis remontée du chenal du Goyen        ( attention à l’entrée surtout, chenal étroit, bancs de sable, peu ou pas de fond à marée basse selon horaires et coefficients, accès dangereux voire impossible par mauvais temps… ) jusqu’à la marina ( peu de place pour les visiteurs) puis ballade  en ville et notamment dans les rues et ruelles vers la colline ouest . Je découvre de superbes anciennes maisons au calme. Très belle promenade, je ne connaissais pas.  


             Audierne qui mérite une bonne petite ballade. Ne pas hésiter à fouiner.


Le 30 mai, retour à Sein avec Claudie pour une petite quinzaine de miles, par mer calme, quasiment sans vent ( 1 heure de voile tout juste) , ligne de pêche à un ( même pas deux)  maquereau la traversée… Raz de Sein tout plat. 



                     La Vieille veille sur le Raz, les pieds au calme, parfois, à l'étale.  


Cinq ou six voiliers sont dans le port: deux à l’entrée se font balloter et les autres sont peinards dans les zones d’échouage .  
Nous avons laissé Java au mouillage au milieu du port près des pêche-promenades nombreux. Durant ces quelques jours ensoleillés, chauds et peu ventés, nous avons parcouru l’île en long, en large et en travers, redécouvert les mêmes sentiers, les mêmes panoramas maritimes avec vue sur une mer plutôt calme mais omniprésente partout,  les mêmes monuments, les mêmes petites ruelles du village blotti sur lui-même, cette même ambiance bon enfant au rythme paisible.



Nos yeux se sont régalés devant ces multiples spectacles mais aussi devant les nombreux oiseaux, les nombreuses plantes, les nombreux rochers, pierres, galets …. Vivre et marcher sans y penser, sans même s’apercevoir, obnibulé  par la beauté de la nature. Un plaisir. 



                                                 Notre mouillage, à la nuit tombante.


Sein est une vie en dehors du temps « normal » , sans doute plus encore que sur la plupart des petites îles: pas de voitures, pas de bruit; même les vélos sont interdits « en ville », c’est dire.  Bon, ici, on a tendance à s’accommoder un peu des règlements mais l’ambiance sur le caillou est bonne et les gens détendus. De plus, confinement oblige, les touristes sont rares et les îliens plus ouverts. 

Lors de nos ballades, nous avons vu beaucoup oiseaux  dont certains en grand nombre: goélands marins et argentés, huitriers-pies, grands gravelots, pipits maritimes , moineaux domestiques, traquets pâtres, étourneaux, hirondelles rustiques, linottes mélodieuses, … et d’autres moins nombreux: grands cormorans,  hérons cendrés, aigrettes garzettes, merles noirs, tadornes de Belon, … et un étourneau roselin!  Liste non exhaustive bien sûr. Nous avons vu des têtes de phoques sortir de l’eau vers la route du phare, côté Guéveur, pas mal de petits lézards des murailles, quelques lapins, quelques chats, des chiens en liberté …



                                                    Etourneau Roselin! Que fait-il là?



                      Grand Gravelot sur son lieu de nidification ( ponte dans les galets!).



                        Jeannot lapin dans son jardin fleuri, devant sa tanière.

Sur l’île, les choses se passent beaucoup de bouche à oreilles: pas de poissonnerie par exemple mais en fait il faut s’adresser directement aux pêcheurs pour l’obtention de poissons et de crustacés … I Nous nous sommes régalés. Il faut donner du temps au temps. 


                                                        Ne vous perdez pas.

Les commerces étaient fermés ou certains « semi-ouverts » ( coronavirus: confinement  et début déconfinement obligent) , nous avons d’autant plus profité de la nature, grandiose et envoûtante. 

Pour ceux qui hésitent ou pas, venez à Sein, pour quelques jours au moins et mieux une semaine,  pour commencer à ne pas vous sentir complètement étranger. A peine parti, j’ai envie d’y retourner.  L’hiver prochain, si je suis dans le coin, j’y retournerai pour y vivre une bonne tempête bien au chaud dans une location … après des « ballades » en bottes et ciré dans le vent ( j'y pense depuis longtemps). 

Mardi 2 juin,
Aujourd’hui, premier jour de déconfinement pour les bars et restaurants, Bruno a ouvert son bistrot et nous y sommes allés prendre l’apéro à midi, sans masque mais avec distanciation respectée. Le « monde » était là, et ça faisait du bien. 



                                  Le lundi 3 juin avant ... déconfinement des bars.




                                           Le lundi 4 juin à midi , après ... déconfinement!


A 16 heures, Claudie est repartie avec la vedette de passagers. Je me prépare à rejoindre Chateaulin  pour y laisser Java quelques jours ou bien quelque temps selon. 
Vers 23h30, le vent est nul et je décide de prendre la mer pour rejoindre la rade de Brest      ( vents assez forts dans le nez prévus demain après-midi). 




                                                          Un brin de nostalgie.



                                                   Le poisson sèche.

Mercredi 3 mai,
Remontée au moteur ( pas top mais mieux qu’avec plus de 20 noeuds dans le nez: je vieillis, je vieillis …) sur une mer calme et sous une lune presque pleine,  puis entrée dans la rade vers 4 heures du matin avant de mouiller au calme dans l’anse de l’Auberlac’h à Plougastel Daoulas vers les 5 h30. 



                                       Anse de l'Auberlac'h au petit matin 
               ( un mouillage que j'adore avec un troquet sympa au fond à gauche).


Après un petit repos, vers 10 heures, je repars pour la remontée de l’Aulne à la voile at au courant. Le temps est nuageux, le traffic quasiment absent. Je retrouve cette rade de Brest  entourée de collines que je connais bien avec beaucoup de plaisir. Je regarde défiler tous les petits coins que j’aime bien:  port du Tinduff à Plougastel , l’entrée de la rivière de Daoulas, la pointe du Bindy, l’anse du bourg à Logonna-Daoulas, l’entrée de la rivière de L’Hôpital Camfrout , Traon, Tibidy,  l’entrée de la rivière du Faou, puis en face, le sillon des Anglais,  Landévennec  puis l’estuaire de l’Aulne, le cimetière des bateaux ( terriblement moche),  … le pont de Térénez,  l’anse de Trégarvan et  le Passage où Java est mouillé. 
( Clin d'oeil à Jean Marc pour ses prochaines navigations à la pointe du Finistère).



                                       Mouillage de la pointe du Bindy ( pas de bistrot).




                                             Mouillage de Traon ( y a plus de bistrot).



                            Mouillage de Landévennec ( ici on peut boire un coup à terre).




                                                       Entrée sur l'Aulne.




                           Le cimetière des bateaux, toujours aussi incongru.





            Petit mouillage pépère devant le moulin à marée du Folgoat à Landévennec.
 ( super ballade à pied le long du chemin côtier vers Landévennec en passant par l'abbaye )




                                                         Pont de térénez.




                      Le Menez-Hom en arrière plan, 330 mètres tout de même.




                                     En passant devant Trégarvan ( même plus de bistrot !).




                                        Comme à la campagne, je vous dis.




                  Mon petit mouillage pour une nuit au Passage. Tranquille

Jusqu'aux années 1970 environ, à la plupart des petits quais de la rade de Brest, correspondait un petit village avec au moins un troquet où les gens se rassemblaient pour discuter. Beaucoup de ces lieux de rencontre ont disparu et il est souvent frustrant d'accoster ou de mouiller dans de superbes endroits sans ne plus pouvoir saluer la population locale et échanger sur la vie. 

Châteaulin, le 4 juin 18 heures.
14h30, je lève l'ancre pour le terminus, Châteaulin à une petite dizaine de miles. Le canal se rétrécit peu à peu, l'eau est de plus en plus marron, quelques troncs d'arbre et des branchages dérivent par ci, par là. Peu de traffic, juste une vedette est passée devant moi. 
A 16 heures, j'arrive à l'écluse dont  les deux portes sont ouvertes ( se renseigner avant de remonter la rivière sur le bon fonctionnement de l'écluse: pannes assez fréquentes!). 
16h30  Accostage au quai, rive droite,  à la sous-préfecture.  



                         
                  "Palétuviers" finistériens. On voit bien le niveau de la marée haute.





Site enchanteur mais baignade quasiment impossible: eau boueuse et forts courants. 




Viaduc de la voie ferrée à Port Launay ( 49 mètres de haut, 340 mètres de long).




             Traversée agréable de Port-Launay mais  que de bateaux "épaves". Dommage. 

L'Aulne est une très belle rivière à remonter dans un courant de 2 ou 3 noeuds,  dans le calme d'une campagne vallonnée et boisée avec de nombreuses possibilités de mouillage. Cependant l'eau y est souvent boueuse et vaseuse, n'invitant vraiment pas à la baignade. Les oiseaux sont nombreux et entre autres quelques tadornes et colverts se promenaient avec leurs petits. En fin de parcours, les roselières  très étendues ondulaient avec le vent. 



Peu de voiliers ( et surtout des Anglais) visitent la rade de Brest et remontent l’Aulne ou l’Elorn. Pourtant le détour est mérité.  





                                          Claudie, Gildas . En route vers Sein.

lundi 25 mai 2020

Déconfinement à l'île de Sein

Déconfinement à l’île de Sein.

Samedi 17 mai.
A la marée du soir, j’"évacue" Java du mouillage de Penfoulic , pour la marina de Port La Forêt. Je « déconfine » du coronavirus  un peu en avance,  par dérogation préfectorale concernant les embarcations qui seraient bloquées par un marnage trop faible les jours suivants: presqu’une impression de filouter, presque l’impression du début de la fin de quelque chose avec la vraie vie qui rebourgeonne.  Java n'avait pas bougé depuis 7 mois ! Du jamais vu. 

Mercredi 20 mai.
Six heures du matin, la clarté s’impose peu à peu,  le fond de l’air est frais, le vent faible mais le ciel bien dégagé. Je quitte le ponton de Port La Forêt pour l’île de Sein avec une sensation bizarre de retrouver  l’air marin , un peu de mer, un peu d’espace perdu,  une certaine liberté d’action. Je suis à peine sorti de la passe de Port La Foret que des petits dauphins viennent à ma rencontre en bondissant comme des fous, sans doute heureux de revoir quelques bateaux. Vers 9 heures, après 3 heures de moteur pour faute de vent, après avoir virer " Spineg » au sud du Guilvinec,  je hisse les voiles, GSE et GV dans un vent de 12-14 noeuds, au  portant avec une vitesse de 5 noeuds sur une mer belle et dégagée. Un soleil généreux. nous réchauffait.  Que de demander de plus?



La pointe de Penmarc'h avec le phare d 'Eckmühl  inauguré en 1897, haut de 60 mètres      ( pas très breton comme nom et provenant  du titre de noblesse d'une généreuse donatrice!).


A 16 heures, après avoir remonté toute la baie d’Audierne et passé le raz de Sein tout sage à l’étale de haute mer, je suis près de la bouée verte de Kornoc et je m’apprête à effectuer quelques coups de pêche avec ma ligne. Normalement c’est un pêche garantie  … sauf  qu’évidemment ( ou pas) , le fil s’entremêle dans le moulinet et une fois encore, je suis bredouille. 



A gauche,  La Plate, jaune barré de noire,  puis le phare de La Vieille ( 27 mètres de hauteur  et premier allumage en 1887) sur son rocher de 10 mètres de haut) et le sémaphore à droite sur la falaise de la Pointe du Raz. Entre les deux, la baie des trépassés haut lieu de la lutte antinucléaire de Plogoff....





Je suis proche de l'île de Sein qui apparait au milieu de la photo: pas bien haute la tigresse, 1.5 mètre d'altitude moyenne seulement mais quel tempérament.


Allez hop, au port. A 16h30, j’ancre discrètement tout au fond, au calme sous la surveillance de centaines de goélands en vigie sur les immenses jetées défensives Est du port. Je suis bien, loin de la foule, confiné volontaire sans le savoir. Trois ans que je n’y étais pas revenu sur ce caillou. 

Jeudi 21 mai.
J’ai presque l’impression de ne pas avoir encore « déconfiner ». Pas de bruit artificiel: juste le souffle permanent, parfois envahissant  de la mer, juste les cris des multiples oiseaux de mer, juste le petit sifflement du vent du nord dans le gréement du voilier à l’échouage au fond de l’abri, près de la plage et des multiples grosses et petites roches qui tapissent la presque totalité du pourtour du port. Seul voilier ( sauf un petit local), Java se sent presque un peu seul planqué derrière une trentaine de « pêche-promenades » et de multiples bouées de corps morts désertes. 



                                                          Peinard. 


La mer est bientôt basse et Java sera complètement au sec me permettant de vérifier que l’hélice est claire et qu’il ne reste plus rien du petit bout ( cordage) qui s’y était engagé. 
Après avoir éliminé le magma d’algues autour de l’hélice et de son arbre ( pas de cordage, le coupe-orin avait fait son boulot), j’ai pris mon seau bleu, une grande cuillère et suis parti à la pêche à pied et hop quelques crevettes, un  dormeur de 17 cm et une étrille de 8 cm. Tout cela ira bien avec moi pour le déjeuner. 
L’après-midi, je suis descendu à terre avec mon annexe à roulettes pour faire le tour de la partie habitée. Les maisons sont toujours là sans grosse modification globale, même les couleurs restent les mêmes,  les mêmes jardins restent entretenus ou pas, les mêmes maisons restent fleuries ou pas… Tout cela a un aspect un peu figé qui fait du bien dans notre monde précipité. 




                                          Que faire d'autre que d'admirer?
J’ai peu de contact humain ici mais je m’y sens bien dans cette nature brute capable de tout aux commandes d'un  énorme curseur allant du pire au meilleur et du meilleur au pire selon son humeur. Beaucoup de choses ont été dites,  écrites, répétées sur ce petit bout de terre ridiculement bas sur pattes , au bout du Finistère: beaucoup de sottises parfois mais aussi beaucoup de réalités, beaucoup de perceptions, beaucoup de sensations, beaucoup d’amour, beaucoup de souvenirs, beaucoup de regrets, beaucoup de joie, beaucoup de souffrance… Rien d’étonnant, tant l’originalité est forte et le lieu improbable. Si on aime, on s’y imprègne. Sinon, on y revient pas. 



                  A l'ouest de l'île, amers naturels et artificiels se côtoient sobrement . 




                   Saint Corentin, une minuscule chapelle  à taille humaine, discrète, pommée  et mignonnette .  


Lundi 25 mai, 
Je suis toujours sur l’île de Sein mais hier soir je me suis rapproché des gens en allant mouillé devant le bar « chez Bruno » , toujours aussi bien entretenu, d’un jaune bien visible… mais encore fermé pour cause de covid 29! Peu de temps après, deux autres voiliers baroudeurs sont venus mouillés sur ancre, juste derrière moi ( un Trismus 37 et un Josua pour les connaisseurs).
Ce matin, je me suis rebaladé vers l’Ouest , en m’appliquant à suivre le sentier côtier puis à zigzaguer entre les vieux murs de pierres, le tout pour 5 kilomètres de marche au milieu d’un décor unique toujours aussi envoutant, avec la mer toujours présente, des rochers innombrables ( à la mer basse de petite grande marée.



                                              Le sphinx sur la route du "grand phare".






Belles ballades le long des sentiers côtiers fleuris: tapis de silènes, d'armérie, de fougéres, de chardons, de betteraves  ...  maritimes.






                      Et le petit chemin continue en se tortillant à sa guise.
 La visibilité est optimale : je vois le Menez Hom, les Tas de Pois et bien au-delà de la Pointe Saint Mathieu.  Le « Caillou » est toujours aussi bas sur l’eau et dégarni d’arbre, de haies ( rares arbustes , vu un palmier ). Mais la nature est agressive, les murs de protections près du phare de Goulenez ont volé en éclats, l ‘énorme cordon de galets empiète de plus en plus sur la terre, l’érosion attaque d’autres parties de côte … A une sensation de plaisir s’ajoute une angoisse projetée sur l’avenir de l’île, malgré les imposants et longs murs de protection eux aussi parfois abimés par les tempêtes d’hiver. 



            Vue côté mer, le sillon de galets qui avance inexorablement.





                    Vue côté terre, le haut sillon engloutit les murets ...



                             Vue côté rempart artificiel, c'est guère mieux.

En marchant, je m’imagine venir à Sein, voici tout juste un siècle où la population dépassait les 1000 habitants ( pour 0,5 KM2!!! ) : 1328 habitants  en 1936 , voire même 2000 pendant les 6 mois d’été où les Paimpolais venaient pêcher. Chaque famille possédait son petit lopin de terre ( juste quelques M2 pour certains, plan cadastral inexistant parce que impossible à dresser) abrité par les murets. Toute l’île en était recouverte dans ses moindres recoins comme en témoignent quelques rares anciennes photos: un véritable puzzle. Invraisemblable: plus de 2500 habitants au kilomètre carré. Quelle ambiance. J’imagine les cris des enfants, le port saturé, les nombreux commerces et bistrots, la misère mais peut-être aussi une certaine opulence pour certains quand je regarde les quelques belles bâtisses sur le quai sud. 



Difficile d'imaginer des dizaines et des dizaines d'embarcations dans ce port et pourtant ...
Difficile d'imaginer tous ces habitants et pourtant ... avec plus de 200 élèves  dans les écoles ...

Je suis venu à Sein  pour la première fois en août 1969, avec 2 potes. Nous étions parti du petit port de Bestré en Plogoff sur une petite vedette de passager en bois par temps de brouillard à couper au couteau. Comment pouvait-on naviguer ainsi dans des parages si rocheux et aux courants si violents? Tout à coup, Sein sortit de la brume, toute ensoleillée… Arrivé le matin et revenu en soirée, je ne me souviens pas de grand chose sauf de draps qui séchaient sur  la plage de galet toute proche de la cale, de quelques jardinets exploités , du quai sud chaud et animé, de ses petites ruelles étroites et d’un nom en particulier « rue du coq hardi » ,  du chemin menant au « grand phare » … L'exode y battait son plein. 



                                                    Rue typique de Sein. 


Puis j’y suis revenu en voilier à partir de 1980 et puis beaucoup plus souvent dans les années  1990-2008 et j'en garde des souvenirs mémorables de superbes ballades , de bonnes  parties de pêche et de certaines soirées bien festives…


Java ( biquille) à l'échouage devant le quai sud en compagnie de deux autres voiliers: un trismus 37 ( dériveur) et un autre sur béquilles d'une douzaine de mètres ( quille longue). En y choisissant bien son emplacement, les posées sont franches et l'endroit très agréable.


Coronavirus oblige, je me retrouve bien loin de mes projets de remontée vers l’Ecosse et la Norvège. C’est attirant de voir différent , mais c’est bien aussi de mieux profiter  des petits coins privilégiés. Venir à Sein,  hors saison, y rester au moins une nuit, se représenter la vie des îliens, prendre le temps d’un petit tour de l’île à pied avec ses jumelles et son appareil photo et laisser sa cervelle vagabonder sans limite… Le pied.  Mais sur quelques jours, c'est encore mieux.



Pour les navigateurs, je rajoute quelques mots sur les conditions de navigation et de mouillage à Sein.

Naviguer dans les parages de l'île et l'accès au port demandent beaucoup de prudence et de vigilance, en tenant compte de la force des courants et de la mer, en tenant compte de la force du vent et des coefficients de marée et en tenant compte de la difficulté de mouiller, en tenant compte des caractéristiques de son bateau.
A Sein, pas de pontons, pas de bouées visiteurs, il faut sortir son ancre. 

La plupart des  quillards ( ceux qui ne peuvent pas échouer) seront cantonnés dans l'avant port, dans un espace réduit et sur des fonds pas très sûrs. Les autres, dériveurs lestés et intégraux,  biquilles, multicoques ... pourront se faufiler dans l'abri du port qui semble vaste. En réalité, les bouées de mouillage  très nombreuses mais loin d'être toutes occupées avec parfois des  cordages trainant à la surface de l'eau, limitent considérablement les possibilités de mouillage. Les emplacements restants sont rarement très sûrs. Les fonds sont souvent tapissés d'une bonne épaisseur d'algues, les ancres accrochent mal et difficilement. Les pourtours de l'abri sont assez souvent rocheux et même dans les endroits les plus sablonneux, de nombreuses roches disséminées ( même si elles ne sont pas énormes) rendent difficile un mouillage serein et peuvent abimer coque et safran.
A mon avis, les meilleurs mouillages se trouvent perpendiculairement au quai sud, en face des  maisons et des quelques commerces où il est possible d'échouer sur des fonds sableux sains avec une ancre derrière et un bout d'amarrage devant enfilé dans les anneaux du quai.  Mais ici, attention aux coups de vents du nord-est au sud-est ( en passant par l'est  bien évidemment) qui peuvent engendrer du clapot et pousser les bateaux vers le quai, à marée haute. 
A mon avis, enfin, il me semble déraisonnable de venir à Sein quand les conditions météorologiques ne sont pas correctes ou les prévisions mauvaises. Passés 20-25 noeuds de vent, la sécurité des mouillages sur ancre devient aléatoire et les bateaux dérapent souvent dans des espaces exigus avec des roches à proximité. 
L'île de Sein est une merveilleuse escale , je dirais presque incontournable pour la beauté,  le côté improbable et magique du lieu, mais... 3 fois mais , elle demande une bonne étude du lieu, des conditions météorologiques, de son accès, une bonne expérience des techniques de mouillage,  doit tenir compte des capacités ou non du bateau à échouer ...
Dix fois oui pour se rendre à Sein avec son bateau, mais dix fois la prudence, dix fois la surveillance, la vigilance, dix fois l'anticipation ...  Mais quel bonheur!



Java à l'échouage au fond du port devant la "grande" plage, sur fond de sable, d'algues vertes mais aussi parmi des roches éparpillées cachées sur les algues brunes et suffisamment agressives pour abîmer le bateau. Par sécurité, ce genre de mouillage nécessite une présence à bord lors de l'échouage et du "déséchouage"  et parfois un déplacement de l'ancre pour éviter les chocs avec les roches. Le plaisir se mérite.



Kenavo.

Gildas. 


dimanche 8 septembre 2019

Côtes Atlantiques françaises: Yeu- Ré- Noirmoutier. Belle Île.

Côtes Atlantiques Françaises, Août 2019: Penfoulic-Yeu-Ré-Les Sables-Noirmoutier-Belle-île- Les Glénan




                                                           Beaucoup de Pétoles cet été.


Ce mardi 6 août , au matin, à 8h15 le temps est maussade lorsque je quitte mon poste,  au quai de Penfoulic . Je zigzague dans l’étroit chenal qui permet de sortir de l’anse puis gagne la baie de Concarneau que je traverse au moteur.
Ma destination, le Fiers d’Ars sur l’île de ré est à environ 150 miles. A 9h30, par petit vent, je suis sous voiles au près bon plein. Pendant un grain, le vent monte à plus de 15 noeuds. Jusqu’à 12 heures, le trafic tant des bateaux à moteur que des voiliers est dense. 
A 14 heures, j’ai laissé Groix à 7 miles environ sur bâbord. Sur tribord, une trentaine de bateaux de pêche sont au boulot ( comme un agglomérat sur mon écran GPS).  Je suis peinard sous le soleil revenu, vent de travers 10-12 noeuds. 
A 17 heures, je suis au large, à deux miles de la pointe de Talus au sud-ouest de Belle-île. Le vent commence à s’essouffler et je remets le moteur vers les 20 heures, pour deux heures de temps.  Puis je tente les voiles pendant deux heures mais je me traîne, à peine à deux noeuds. Je rencontre quelques cargos qui sont sortis  de l’embouchure de la Loire.
Ce jour, le mer était belle et j’ai vu énormément de groupes de petits dauphins peu enclins à s’amuser: bonjour, au revoir. 

Ce mercredi 7 août, à minuit, le vent devient quasi nul et je remets le moteur et le garderai ainsi  jusqu’à l’arrivée! Le trafic est nul comme le temps pendant deux heures où il pleut dans cette nuit noire,  sans visibilité.  Je surveille mon écran GPS et jette un coup d’oeil à l’extérieur toutes les 10 minutes. 
Je passe au large de l’île de Ré, peu de bateaux. Et puis au soleil levant, les bateaux de pêche sont nombreux et comme d’habitude, avancent dans tous les sens. 
A 11 heures, j’arrive au pertuis breton. A 12  heures, j’ai contourné, le long banc sableux du Bûcheron, et emprunte le chenal qui mène au Fiers d’Ars et vais mouiller devant La Patache, en face du Golf des Portes en Ré. J’échoue rapidement sur le sable et profite de la marée basse pour ramasser des coques et des pieds de couteaux. 
Le soir, le coucher de soleil est magnifique ( de loin le plus beau du séjour). 




Entrée dans le pertuis breton: beaucoup de bateaux pêchent par deux.



Même les goélands attendent le vent.



                                        Belle lumière sur Ars au soleil couchant, coté Est.



                                          Pas pire non plus à l'Ouest, avec éclat du phare des Poulains.



Java, peinard devant La Patache, en pleine saison touristique.



Mais tout le monde n'est pas en vacances: ça bosse sur les parcs du Fiers ( Java sur la droite).


Vendredi, Claudie est venue me rejoindre avec Vanille, notre chienne « centenaire ».  Nous resterons quelques jours dans le chenal qui mène au Vieux Port. Le Fiers d’Ars reste une valeur sûre pour qui recherche un super abri , loin de la foule, avec un bon garde manger de coquillages à volonté. Mais posséder un bateau qui échoue, augmente considérablement les possibilités de vagabondage. 

Le transport en annexe ou à pied ( si marée basse) de  la «centenaire » à terre 3 ou 4 fois par jour complique un peu la vie. Nous décidons de gagner le port de la Criée à Ars et de nous mettre au ponton pendant une huitaine de jours ( marina très calme, sanitaires propres, parking jamais complet et Ars à  quelques pas). 

Et puis, ballades à pied ...



                                                        Le long des allées boisées.


                                                           Le long des plages animées.



                             A la pointe des Poulains, les gens s'amusent avec les galets.




                                          Pas vertes les algues, mais elles s'entassent aussi .



                        Les Portes en Ré, à l'extrémité de l'île, adorée de la jet-set et des artistes.



Les Portes: village joliment rénovée. Bizarre ce calme en pleine saison.




                                                L'aigrette garzette  poignarde les poissons.



                   L'avocette "sabre" le fond de l'eau et fouille la vase avec son long bec retroussé.




                        La nerveuse échasse blanche, par contre, ne sonde que rarement la vase.


La mouette rieuse tapote le fond de l'eau avec les pattes, en reculant, pour faire sortir les proies.




Des faux-canards ... pour attirer des vrais!



           Escapade hors de l'île : chenal menant au joli village de Mornac-sur-Seudre près de Royan.

Mercredi 22 août.

A 8h30, je quitte Ars en Ré pour Les Sables d’Olonne pour environ 25 miles de navigation. Je sors du Fiers au moteur puis hisse les voiles. Le vent de nord-est de 10 noeuds est travers, la mer est belle et le temps très chaud. 
En tout début d’après-midi, je remonte le long chenal qui mène à la marina et à 14 heures, je suis au ponton dans la grande marina. 



                                                      Les halles sont magnifiques.



Le poisson rouge est un joli et  bon restaurant. Ci-dessus, tableau composé de dessins d'enfants ornant  ... le petit coin.



ça pêche toujours aux Sables.



Vendredi 23 août.

A 8h30, je quitte Les Sables d’Olonne pour le port du Morin à Noirmoutier pour environ 42 miles de navigation.  Le temps est beau, la mer belle, le vent de nord-est de 10 noeuds environ puis il a faibli progressivement et vers 15 heures, à 11 miles de l’arrivée , je mets le moteur , pêche à la traine, sans succès … en attendant la mi-marée avant d’entrer dans le port d’échouage où s’abritent des centaines de petits bateaux de pêche-promenade et quelques dizaines de voiliers , et seulement quelques places pour les visiteurs. Je suis content de retrouver ce port où Java m’a abrité pendant l'équivalent une année entière quand je faisais mes remplacements au cabinet médical. J’en garde de bons souvenirs , dans cet endroit calme et local, bien loin de la grosse pression touristique , avec plages et ballades dans les marais à proximité.  


Toujours aussi mignonnes, les cabines de bain à la plage des dames.



Jetée Jacobsen: superbe vue de Noirmoutier en l'Ile.







Lundi 26 août.

A 8h45, peu après la marée basse de petit coefficient , je quitte le Port du Morin en laissant bien à l’écart la bouée bâbord au bout de la digue ( gros ensablement), direction pointe du Talus de Belle Ile à 45 miles environ. 
Le vent de 10 noeuds est nord-est , donc travers tribord, la mer peu agitée. Rapidement, la brume s’installe, assez dense parfois. Le vent diminue progressivement et à 15 heures, à 16 miles de Belle île , le vent passe nord-ouest, très faible et je mets le moteur ( Encore? Ben Ouai! ) et décide d’aller passer la nuit au mouillage au port de Kérel , proche du sémaphore. 
A 18h15, je mouille dans ce super endroit que je na connaissais pas: très beau et grand mouillage bien abrité des vents d’ ouest à nord-est en passant par le nord. Nous serons une quinzaine de voiliers à y passer une nuit tranquille. 


Mardi 27 août.

A 7h25, je quitte Port Kérel pour les Glénan à environ 40 miles. Au magnifique soleil levant, je contourne, au moteur, la pointe du Talus  puis passe devant Port Goulphar dominé par son phare à un kilomètre dans les terres. 
A 8h45, un petit vent de nord nord-est s’est levé et je suis sous voiles au travers dans une mer un peu remuante ( comme toujours dans ces parages). Quelques cormorans se promènent souvent deux par deux. Plus au large, les fous de Bassan volent toujours de cette même manière puissante. 
Vers 10 heures, une bande de grands dauphins m’accompagne pendant une petite demi-heure. Ils sont moins vire-voltants que les petits dauphins mais leur présence est tout de même bien sympathique.  Le vent tombe puis passe rapidement nord-ouest, faible et pile poil dans le nez.  Penfret est à 27 miles. et … je mets le moteur. J’essaie depuis toujours de limiter au maximum l'aide du moteur mais je dois admettre que sans moteur, les temps de navigation seraient beaucoup plus élevés, surtout sur les petits trajets. Je possède Java depuis bientôt 9 ans , j’ai parcouru environ 20 000-22 000 miles dont environ 4 000 au moteur soit environ 20%. 



                  Lever du soleil sur la pointe du Talus qui cache le super mouillage de Kérel.

Je m’essaie à la pêche à la traîne, finis par sortir 2 maquereaux qui me serviront aussi d’appâts pour le casier et la pêche à la ligne. A 16 heures, je vais mouiller devant la plage sur la côte Est de Penfret puis change d’avis et vais mouiller près de la Roche Lambert à l’Est du Loc’h, par fond de sable . 



Mouillage du Loc'h déjà plus tranquille qu'en plein été avec que des voiliers à  l'échouage: 6 biquilles ( et oui: 2 westerly, 3 RM, 1 biloup ) , 2 dériveurs intégraux ( 1 feeling, 1 ovni), un dériveur lesté (1 moustequaire club)  et un quillard béquillé ( 1 arpège) .


                                                  Transparence extraordinaire de l'eau.



                                                Eh, eh, super les appâts de maquereaux.


Aux Glénan, les planches à voile sont encore de sortie.



Fin de la saison pour Java en attendant le printemps prochain pour une croisière plus nordique.

Gildas.