lundi 26 juin 2023

De Belle-ïle à Ouessant en avril-mai 2023.

Sauzon, le vendredi 14 avril 2023.


Depuis lundi dernier , en compagnie d’un autre voilier, Java est au mouillage sur ses deux ancres, au fond du port, juste devant la supérette Vival. Je suis bien à l’abri du vent qui souffle fort et de la mer pas très calme ces temps-ci. 


Java a passé l’hiver à sec sur terre-plein à Port La Forêt. J’ai vidé complètement le bateau et l’ai nettoyé partout. J’en ai profité pour régler quelques petites ( mais pénibles et agaçantes) fuites de gaz-oil, d'huile et d’eau sur le moteur ( problèmes de joints, de tuyauteries et de resserrement d’écrous…). J’ai aussi changé la pompe à eau et le collecteur d’échappement.  J’ai également refait les housses du carré et de la cabine avant ( la machine à coudre a chauffé). J’ai rechargé Java en essayant de me limiter aux équipements vraiment nécessaires. J’ai remis Java à l’eau fin mars, sans anti-fouling. J’en ai marre de mettre des sous et de la toxicité pour pas grand chose. Je me contente donc de un ou deux lavages au karcher chaque année. Ca me suffit. 




2020: ça devait être les pays nordiques et notamment la Norvège. Le Covid a obligé. Ce fut  des ronds dans l’eau avec tout de même, une petite virée aux Scilly.

2021: Encore le Covid, encore des ronds dans l’eau en attendant une ouverture. Finalement descente sur l’Espagne, le Portugal jusqu’en Algarve où Java a hiberné. 

2022: Navigation en Algarve puis remontée peinarde le long des côtes portugaises avant de m’attarder en Galice puis retour à Port La Forêt. 

2023: je n’ai pas la tête pour les pays nordiques. Je vais me contenter de naviguer en Bretagne avec peut-être un détour par les Îles Scilly. Mais la Bretagne est un merveilleux terrain de navigation extrêmement varié avec des centaines d’abris et de mouillages possibles. 


Enfin, le vendredi 7 avril, j’ai quitté Port La Forêt pour une petite navigation d’une dizaine de jours.



                                            Java en attente du départ à Penn Al Lann 


Première étape, les Glénans. Belle petite navigation d’une douzaine de milles par vent  d’est sud-est  par mer peu agitée. Chaque année, j’ai une petite appréhension à reprendre la mer dans les heures et jours qui précèdent le départ, comme une incertitude d’être à la hauteur, une incertitude quant à retrouver le plaisir . Cette crainte s’envole subitement au largage des amarres. Et les habitudes reprennent aussitôt le dessus (comme pour le vélo). Et je ressens une légèreté, une certaine apesanteur de l’existence sur Java qui avance seul, poussé ou tiré par le vent.La merveilleuse sensation de liberté, d’autonomie, d’élargissement … se renouvelle même si cette année, l’horizon est plus court.    

J’ai mouillé à l’ouest de Penfret à la hauteur du phare. Une vieille vedette de transport en bois a largué quelques dizaines de stagiaires de l’école de voile des Glénans à la cale près du phare. Nous avons passé la nuit à une vingtaine de voiliers.

Le lendemain,  samedi, , Adrien et Nadège sont venus me rejoindre en étrennant leur pneumatique tout neuf et nous avons passé 24 heures bien sympathiques ensemble, en faisant un détour par Saint Nicolas, encore bien déserte. Le bar était tout de même ouvert. Nous avons effectué le tour de l’île mais sans voir de narcisses des Glénan, normalement en fleurs en ce moment! 



                                                         "Retrouvailles" aux Glénan


Le lundi 10 avril, je suis descendu sur Sauzon à Belle-île, par vent de 20 noeuds, travers-grand large,  de sud ouest, par mer agitée, pour une quarantaine de milles. J’étais sous trinquette seule, vitesse réduite pour attendre la marée haute et rejoindre le fond du port: navigation peinarde et confortable. 



                                                            Java à sec à Sauzon.



                                                        Java à flot à Sauzon sur la gauche.

                

Mardi, randonnée côtière bien agréable vers la pointe des Poulains.



                                                Bouillonnements vers la pointe des Poulains. 


Mercredi : randonnée côtière vers Le Palais.

Jeudi: participation à la manifestation  contre la retraite à 64 ans au Palais au milieu d'une cinquantaine de manifestants bien rincés sous une pluie  constante et froide.

Aujourd’hui, il pleut et vente encore et je suis bien au chaud dans la cabine.

Malgré tout le printemps est là: quelques papillons sont de sortie ( paons du jour, piérides, tircis, théclas de la ronce), les ajoncs et les aubépines en fleurs embaument,dans les champs et le long des sentiers côtiers,  les orchidées sont de sortie… J’ai même entendu le coucou … avec quelques dizaines d’euros dans ma banane (la fortune assurée en fin d’année). 



                                                                Que d'orchidées sur Belle-Île!


Pen Ar Lann à Penfoulic en Fouesnant, le mardi 18 avril.


Je suis revenu à mon point de départ et Java est à l’échouage à Pen Ar Lann pour deux semaines environ. 

J’ai quitté Belle-Ile  avant hier pour Locmaria à Groix où j’ai passé la nuit, accroché à une bouée située à gauche en entrant ( zone de mouillage sur ancre «  dans le temps »): mouillage rouleur avec une houle vicieuse qui se contorsionne dans tous les sens pour venir me bercer. 

Le lendemain, navigation la voile comme la veille et arrivée à la bonne heure pour zigzaguer dans le chenal balisé de Penfoulic. 



Camaret Sur Mer , marina du Notic à Camaret, le 8 mai 2023.


J’ai quitté Penfoulic mardi soir dernier ( avec une marée haute à 4m27 par un coefficient de 63:  strict minimum syndical pour que Java puisse quitté sa tanière. Moitié voile, moitié moteur, je me suis rendu devant la grande plage de Bénodet où j’ai passé une nuit peinarde. 

Le lendemain, le vent a viré sud-est à 20 bons noeuds avec une mer agitée , sous un ciel nuageux  et j’ai quitté mon mouillage vers 8 heures pour une remontée sur l’île de Sein au vent arrière, pour une quarantaine de miles effectuées en 7-8 heures. J’ai mouillé dans le port de Sein en face du môle sud. Java était le seul voilier visiteur. Je suis descendu à terre pour une petite ballade autour de la partie nord de l’île, vers le grand phare. La mer a bien profité des tempêtes hivernales pour avancer ses pions … L’île s’arc-boute contre cette violence naturelle … Jusqu’à quand? 



                                                Bourg de Sein vue de Java au mouillage.



J’ai observé pas mal d’oiseaux: des linottes mélodieuses +++, des traquets motteux +++, des merles noirs +, des pipits maritimes+, des tourne-pierres +++, des courlis cendrés ++, des huitriers pies ++, des goélands argentés ++ et bruns +, des étourneaux ++  quelques grands gravelots, quelques bécasseaux variables, une barge rousse, deux grives musiciennes, des moineaux domestiques ++, des hirondelles rustiques +, des grands cormorans+, quelques sternes pierregarins, un busard probablement des roseaux …. et quelques phoques. 




                                                Le bourg de Sein derrière les murets. 


Le jeudi matin, le vent de sud soufflait fraichement à 15 noeuds et devait forcir. J’ai quitté le port pour aller mouiller au pied du grand phare. A marée basse, le mouillage est très calme mais à marée montante, la houle contourne les diverses roches et vient animer le plan d’eau. J’ai profité d’un coefficient de marée de 80 pour  cueillir quelques haricots de mer… 

Puis vers les 16 heures, j’ai relevé l’ancre pour gagner Camaret: temps nuageux, mer agitée, vent de 20 noeuds portant pour une vingtaine de noeuds et 3 heures de mer. J’ai mouillé devant la plage du Corréjou en compagnie d’un autre voilier, pavillon allemand. Nuit peinarde. 

Puis je me suis amarré à la marina du Notic pour une semaine ( 117 euros la semaine en intersaison). Claudie est venue me rejoindre pour des randonnées pédestres dans la superbe presqu’île de Crozon et nous régalons.

Nous avons observés quelques oiseaux intéressants, notamment un bruant zizi, une fauvette grisette, des craves à bec rouge,  entendu quelques coucous...




                                                                        Les Tas de Pois.



La presqu’île de Crozon reste toujours belle et diverse. Le soleil transcende cette beauté , impressionnante sur les hauteurs des falaises et les grandes plages,  ou plus intimiste  le long des sentiers des landes, des bois de pins et les merveilleux petits villages de pêcheurs. Nous avons effectué de belles de randonnées-circuits  de 10-12 kms chacune, une première  de La Palue jusqu’à Porz Kregwenn, une deuxième autour de l’extrémité du Cap de la Chèvre vers Rostadel, une troisième ( la route des orchidées) du Menhir jusqu’à la plage de l'Aber et une quatrième entre le Fret et Saint Fiacre, toutes superbes de paysages et de nature. Les stations d’orchidées sont nombreuses le long des chemins et des diverses prairies naturelles.  



                                                        La pointe du Toulinguet avec ses roches.




Dimanche 14 mai,  Port de Lampaul , Ouessant. 


Vendredi à 6 h30, Jean Marc sur Bégavel et moi sur Java avons quitté le port de Camaret pour Ouessant. Au départ le vent faible nous contraint de faire fonctionner le moteur pour ne pas subir le courant contraire. Au niveau des Pierres Noires, le vent a forci aux environs de 13 noeuds puis jusqu’à 18 noeuds . Sous voiles seules , au près peu serré, sur mer peu agitée, nous avons rapidement gagné le fond de la Baie de Lampaul où nous avons chacun pris une bouée ( une bonne quinzaine mises gratuitement  à disposition des plaisanciers). Nous sommes restés sur nos bateaux respectifs pour nous reposer et par envie. 

Hier nous avons loué deux vélos électriques et avons fait une grande partie du tour de l’île sous un ciel bien nuageux, un air frais et un vent de nord-est sensible . 

Au magasin de la presse, nous avons le plaisir de rencontrer Françoise Péron qui a dédicacé pour Jean Marc, son livre "Ouessant , île sentinelle » ( une merveille de bouquin). Nous avons eu des discussions intéressantes avec plusieurs personnes: Françoise Péron et la libraire, un photographe exposant, des restaurateurs, … Nous sommes passés au petit marché local bihebdomadaire , dans la cour d’une ancienne école.  Bref temps frisquet mais journée riche. 


Aujourd’hui, Claudie me rejoint ce matin pour quelques jours. Et c'est reparti pour des randonnées sur toute l'île en profitant d'un beau temps frais. En 4 randonnées d'une bonne douzaine de kilomètres chacune, nous avons quasiment effectué tout le tour de l'île.  Ouessant se vit plus qu'elle ne se raconte: particularisme,  spécificité, ailleurs à humer sur les sentiers côtiers ou côté terre,  ... 





                                                     Et voilà le petit port cocon de Lampaul.



                        Quelques abris encastrés dans les rochers comme ici au Bougezenn.






                                                    Côte déchiquetée vers le phare du Créac'h.




        Un petit air de fanfares au grand air,  devant la baie de Lampaul , en face de la Duchesse Anne. 





                                                                Un kenavo, quelque part vers Kadoran.


vendredi 23 septembre 2022

Retour en Bretagne et traversée du golfe de Gascogne.

Jeudi 8 septembre,

Claudie est rentrée en Bretagne hier, par avion, en moins de 2 heures!

Aujourd’hui, j'ai quitté Vigo avec Java, également pour rentrer en Bretagne , en moins de … 1 mois (non,  je plaisante). Après une heure à la voile... à 2 noeuds à peine, je mets le moteur: beau temps,  un peu brumeux le matin, mer plate. Des dizaines et des dizaines de petits dauphins m’ont accompagné par épisode tout le long de la journée. J’ai croisé de nombreux groupes de puffins cendrés posés sur l’eau et quelques fous de Bassan dont un jeune qui ne pouvait plus décoller ( grippe aviaire?).  

Après une soixantaine de miles, je mouille à Finisterre  derrière le brise lame, à distance des bateaux de pêche,  en compagnie de 3 autres voiliers de passage: nuit tranquille .


Vendredi 9 septembre,

Les prévisions météorologiques ne prévoient aucun vent ces temps-ci. Calme plat. Tant pis, je pars tout de même au moteur, au soleil levant, vers 8 heures et contourne  le cap Finisterre en laissant le gros rocher "Centollo de Finisterre"  à tribord. De nombreux camping-cars stationnent , tout là haut, près du phare. Sur ma route, j’ai encore croisé de nombreux dauphins et groupes de jeunes puffins qui cohabitaient en paix. 



                                        Cabo Finisterre, côté est,  au soleil levant.




                                    Le même,  côté ouest (15 minutes plus tard).


Le paysage devient plus froid, plus pelé, plus triste, plus inquiétant avec ces falaises à la végétation rabougrie: j’attaque la côte de la mort,  "la costa de la muerte » souvent ventée et à la mer mauvaise, pas le genre de coin où on a envie de trainer. La mer aussi gagne en puissance malgré l’absence de vent. Java se balance dans une houle de 2 mètres en traversant  parfois de grandes trainées d’écume! A terre, tout semble endormi, même les champs d’éoliennes ne tournent pas. 



                                Bizarres ces champs et trainées d'écume à répétition.


Vers 16 heures , j’arrive à la hauteur des îles privées de  Sisargas, réserves d’oiseaux et inhabitées par les humains. La mer est plutôt calme, la marée est haute, la lumière est belle. Je ne peux pas m’empêcher de m’y arrêter ( une première). Le mouillage est sauvage, beau mais vide. Un tout petit quai sujet au ressac m’attend avec l’annexe que je hisse plus haut, le temps de la ballade. Et je grimpe le petit chemin qui monte au phare. Les points de vue sont grandioses. Java trône fièrement tout en bas dans une petite baie formée par les trois îlots. 



                                           Java au mouillage aux islas Sisargas.




                                                        Pas emmerdé par les voisins.


Les oiseaux de mer sont partis avec leurs jeunes. C’est presque désert: quelques rapaces volent au-dessus de Sisarga Chica, trop loin pour être identifiés avec précisions ( une espèce de faucons puis un genre de buse), des traquets pâtres  volent de hauts de taillis en hauts de taillis bien rabougris, des rouges queues remuent leurs queues en de petits mouvements saccadés. 

Je ne traine pas, la mer descend et je dois remettre mon annexe à l’eau en la faisant glisser du haut du quai! Les Sisargas sont un bel endroit  mais à l’hospitalité limitée. J’ai hésité à y rester la nuit mais je ne sentais pas bien cette houle qui prenait de l’ampleur et suis reparti rapidement … pour La Corogne à 25-30 miles. Après Malpica, le paysage se réchauffe, se reverdit avec quelques cultures, des villages,  des bois ...

Je ne suis pas très à l’aise par ici où cet été des orques ont   "attaqué " des voiliers et sur certains ont croqué ou tordu le safran obligeant les secours à intervenir… A priori, ils opèrent à quelques miles de la côte. Je reste donc dans la bande des 2 miles, toujours au moteur. La visibilité est excellente et même du haut des Sisargas, avec mes jumelles, j’apercevais bien la Torre de Hercules à l’entrée de La Corogne, phare romain qui serait le plus vieux du monde…

A 23 heures, de nuit, je mouille dans la baie de Mera  à l’est de La Corogne, après 65-70 miles de navigation… au moteur. 


Samedi 10 septembre,

Depuis quelques temps, le circuit de refroidissement du moteur In Board me semble moins puissant. J’ai l’impression qu’il crache moins d’eau. Pourtant, j’ai changé la turbine de la pompe à eau puis le calostat, contrôlé les tuyaux ...mais sans succès évident. Je décide de me rendre à la marina Seca prendre contact avec  les chantiers de réparations,  malheureusement fermés ce samedi. Là, je rencontre Patrice qui a eu la malchance de rencontrer les orques qui ont "bouffé » le safran de son bateau. Il attend la fin des réparations depuis … 6 semaines.  Nous sympathisons et discutons de tout,  y compris de mon soucis de refroidissement : 

« As-tu contrôlé le filtre du bol du circuit d’eau? »

- «  !?… , je le fais immédiatement ».

Constat: filtre encrassé nécessitant un simple nettoyage...

Voili, voilà  où était le hic … Merci Patrice.  


Dimanche 11 septembre,

Mon inquiétude étant réglée, je pars pour Cedeira à 25 miles, parcours la distance moitié à la voile, moitié au moteur. 



                            Entrée de cedeira: le port , sans marina,  est  sur la gauche.




                                                       Repos des barques.



Lundi 12 septembre, 

Je quitte Cedeira et longe les magnifiques et hautes falaises qui se prolongent au moins jusqu’à San Esteban à 90 miles vers l'est. Mais je m’arrête à Ribadeo à 50 miles (dont 8 à la voile … ) où je mouille au milieu de l’estuaire près d’un banc de sable, loin des deux chenaux.  Nuit peinarde,  entre,  à  l'ouest la Galice et à  l'est les Asturies.  


Mardi 13 septembre,

A 9 heures, je quitte Ribadeo pour San Esteban à 45 miles, moitié voile, moitié moteur. C’est désolant de naviguer autant au moteur. 

En cours de route, j'avais pensé faire une halte, voire même y passer une nuit à Viavelez,  minuscule et charmant port à l'ancienne, blotti au fond d'une crique rocailleuse qui assèche en grande partie . Je me suis présenté à l'entrée à mi-marée descendante. J'aurais sans doute dû m'y faufiler,  mais finalement, je n'ai pas osé ... 



                                               Viavelez au fond de crique gardera son mystère.



Finalement, je rejoins directement San Esteban et mouille au milieu du port devant le beau village coloré que je retrouve avec plaisir. 




                                San Esteban vu de Java au grand angle.




                                                       Idem au petit télé.




                        Habillage textile crocheté des arbres à San Esteban.



Mardi 20 septembre 14 heures sur Java au mouillage devant Fort Cigogne ( en pleine  rénovation ) aux Glénan. J’y suis arrivé hier soir à 23h30 en passant par une entrée sud depuis la bouée cardinale sud de la "jument de Glénan" , par nuit noire, sans lune, uniquement au GPS en passant entre les îles du Loch et celle du Brilimec puis en jetant l’ancre au sud de Fort Cigogne. Le plus difficile était de repérer les voiliers mouillés , heureusement peu nombreux,  mais la plupart sans feu de mouillage ...! Bien entendu, j’avais mes alignements pour effectuer un demi-tour en cas de panne de mes outils de navigation et je connaissais le cas échéant certains endroits de passage où je pouvais ancrer pour la nuit. 


Ce matin,  je me suis attelé à ranger et nettoyer l’intérieur du bateau. L’extérieur est propre, lessivé 36 fois à l’eau de mer  et sacrément salé avec des dépôts de sel par ci par là. J’ai rincé à l’eau de mer ( et oui!) pour dessaler en grande partie tous les endroits où le sel s’était accumulé pendant la remontée secouée du golfe de Gascogne. Je suis bien ici  sur ce mouillage berçant. Jeune, j’avais mis un peu de temps à apprécier l’archipel des Glénan avec ce côté un peu surfait, sans grand relief, dépourvu, pelé, un peu un bout du monde semblant et étant délaissé ( ruines de la ferme sur le Loc’h, le Fort Cigogne pas vraiment entretenu, les maisons des gardiens de phare de Penfret délaissées..) . Puis j’ai commencé à apprécier et depuis quelques années j’ai redécouvert cet archipel magique, envoûtant , rempli d’histoire et d’histoires, haut lieu de la voile qui a su garder un côté sauvage et authentique où les promoteurs n’ont pas eu accès. Ouf. Sans véritable port, sans marina, la voile y est reine. Cependant, ce véritable chaudron souvent calme  peut devenir bouillonnant  ( j’imagine l’archipel à haute mer de grande marée  lors de tempêtes). 


La traversée entre San Esteban aux Asturies et les Glénan fut exigeante avec beaucoup de vent les premières 24 heures et une navigation au près tout du long et deux virements de bord: 265 miles en vol d’oiseau, en réalité 300 miles avec les virements de bord, parcourus en 64 heures ( 4,10 noeuds de moyenne en ligne droite et 4,70 noeuds en distance parcourue , moyenne correcte pour Java surtout avec les conditions rencontrées), sous voiles pendant 61 heures et sous moteur pendant 3 heures. Enfin du vent.


Samedi 17 septembre  


6H30: départ de San Esteban, encore dans la nuit,  je sors au moteur par le chenal où un bon ressac se propageait tout le long de la digue abri.

  La météo est correcte mais avec un vent assez fort non portant mais bon, il n’est pas évident de trouver une fenêtre de 3 jours idéale surtout à cette période-çi.

  Les prévisions météorologiques du site  « windy » ( seul site que je consulte) prévoit un vent de 23-25 noeuds d’est nord-est avec rafales à 30 noeuds et une mer forte pendant 24 heures puis un vent mollissant à 18-20 noeuds  avec un passage nord-est pendant quelques heures les 36 heures  suivantes , puis la venue de vents très faibles ou variables  et enfin un vent de nord-ouest en fin de journée du troisième jour. C’est exactement ce qui s’est passé. Que de progrès concernant ces prévisions,  en une ou deux générations. J’aurais bien différé mon départ de 24 heures pour éviter cette première journée mais c’était se compliquer la deuxième partie du trajet avec un vent  plus faiblard.

Côté positif: beau temps , bonne visibilité, du vent pendant  90% du trajet, mer forte mais rangée, peu de trafic.

Côté négatif: allure au près tout du long avec virements de bord probables sur  30 ou 40 miles, une mer formée, et probablement une petite partie au moteur près de l’arrivée. 


J’ai hissé les voiles dès la sortie du chenal. Et le vent a forci rapidement à force 6 pendant 24 heures. Au près , sous trinquette arisée à plus de la moitié et  grand-voile arisée au 3/4 ( 12-14 m2 de voilure en tout environ pour 55 m2 toutes voiles dehors) , Java se comportait sainement, avec une certaine puissance à passer dans cette mer  assez dure, tout en se faisant rincer copieusement. Georgette ( le régulateur d’allure) était au boulot mais à mon goût, le bateau zigzagait un peu trop. J’ai remis mon pilote électrique en service. Il a parfaitement rempli sa tâche avec une voilure bien équilibrée. La mer était effectivement forte avec des creux de 3 mètres environ et toujours quelques unes merdiques qui déferlaient plus que les autres. Les embruns limitaient la visibilité. A l’extérieur tout était trempé, rincé puis re et re rincé, y compris le cockpit et les divers cordages. Heureusement la capote protégeait efficacement la descente même si parfois des écoulements d’eau de mer s’invitaient à entrer dans la cabine mais j’avais  fermé complètement la descente et ne sortais de l’intérieur que le strict minimum. De plus, toutes les manoeuvres se font du cockpit et mes winchs sont à l’abri sous la capote.  

Dans ces conditions, le challenge est de garder  l’intérieur du bateau au sec …  Ainsi le pantalon, la veste de ciré et les chaussures et sandales sont  mis et enlevés à chaque sortie et les mains rincées à l’eau douce ( mais tout de même pas les pieds que j’essuie parfois avec du papier fait-tout) . Ces opérations répétées sont assez pénibles mais conditionnent le confort à bord et contribuent à garder un bon moral. Je me débrouille pas mal: table à carte sèche, couchage sec, sol sec ( sauf au pied de la descente). J’admets que je suis un peu maniaque mais étant seul, c’est plus facile.  

Dans ces conditions, tout geste devient difficile et doit être calculé, réfléchi, anticipé. Il faut se ménager, ne faire que l’indispensable et bien sûr avoir préparé le bateau avant le départ. Les petits plats que je me  suis cuisinés pour deux jours attendent au frigo dans des boites qui me serviront d’assiettes. Mes oeufs sont cuits, mes yaourts au frais, mes fruits et l’eau à disposition, à portée de la main. J’évite d’utiliser le réchaud sauf éventuellement pour une boisson chaude en cas de froid. Je pisse dans un grande bouteille de 5 litres ( peut-être pas très élégant mais  efficacité redoutable et j’ai même réfléchi un moment à une adaptation pour les femmes à bord). On n’imagine pas la galère pour utiliser normalement  les toilettes … A bord, tous les déplacements sont déséquilibrés, saccadés, brutaux,  énergivores, fatigants, lassants, pénibles … On attend   et souhaite l’accalmie. On se demande un peu ce que l’on fait là. Mais c’est aussi le chemin pour arriver aux bons endroits. On passe son temps à s’agripper à tout, aux mains courantes,  aux rebords, aux poteaux, aux cloisons, aux barres … En voilier, ce sont les épaules qui souffrent le plus, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Malgré tout, je m’efforce toujours de me raser et de me laver les dents. La toilette est minimale.  En réalité, ma position favorite dans ces conditions très agitées où le bateau remue brutalement de tous côtés en même temps, tanguant, roulant bord sur bord,  tapant dans la mer … est la position allongée bien calé dans ma bannette bien préparée dès le départ. Voili, voilà. J’admets qu’il faut être un peu masochiste pour accepter ces conditions … et surtout pour y retourner parfois. Un mot revient souvent dans cette description , PREPARATION. Ce qui n’aura pas été fait , peinard au calme à terre demandera 10, 20 fois … plus d’énergie et d’agacement  à bord. 


Dans les 5 ou 10 premiers miles des côtes, la veille doit être quasi permanente: les bateaux sont petits, nombreux, parfois sans feux … Ensuite les bateaux sont plus gros, la plupart équipés d’AIS transpondeur , la veille peut-être plus espacée et enfin passé le plateau continental, le traffic est clairsemé, les bateaux de pêche quasi-absents, la veille se desserre encore un peu plus.  Je trouve agaçant que certains bateaux,  notamment de pêche et que certains  voiliers  ne sont toujours pas équipés de transpondeur, élément vraiment très sécurisant et efficace pour éviter les collisions en mer.  A chaque solitaire de s’organiser. Moi, je me repose tant le jour que la nuit, et ce, dès la première journée. Se ménager, se ménager, se ménager. Recharger ses batteries, rechercher ses batteries, recharger ses batteries…


Une fois la voilure bien équilibrée, tribord amure, j’ai effectué peu de manoeuvres de voiles les premières 24 heures. Le vent a été constant en force et en direction. Je n’ai pas eu de bateaux dangereux sur ma route.


C’est seulement dans l’après-midi du deuxième jour que le vent a molli vers 18-20 noeuds me permettant de dérouler entièrement la trinquette. Le vent prenant  plus de nord m’a obligé à abattre un peu et à m’écarter un peu de ma route. Pendant le jour,  le vent est resté stable en force et en direction entrainant que peu de réglages de voilure.  Je me remettais à remettre un peu le nez dehors. La visibilité était extraordinaire. La nuit était noire. Le ciel étoilé magnifique questionnait toujours autant sur les limites ou non limites de l’univers. Vers minuit et pendant 4 heures, le vent est passé nord nord-est. J’ai viré pour rejoindre la route prévue, à 30 miles à l'est. 

Ainsi, le lundi matin, vers 4 heures , j’ai reviré avec un vent faiblissant passé sud sud-est,  me permettant un cap intéressant, toujours au près,  en augmentant progressivement la voilure jusqu’à porter  le génois et la grand-voile complètement déroulés. 

A 17 heures, à 30 miles de la côte, le vent a disparu pendant deux heures. J’ai mis le moteur à contribution  et … ensuite un vent de nord-ouest ( comme prévu,vraiment  bluffant quand j’ai vu, venant de cette direction, la surface de la mer se rider ) a débarqué pour une quinzaine de noeuds me permettant de gagner la bouée cardinale la jument de Glénan, à 4 miles au sud de mon mouillage actuel. J’ai pu admiré sans doute mon dernier coucher de soleil en mer ( sans aucun nuage et sans aucune fantaisie) de la saison.  Ensuite, c’est au moteur que j’ai continué. 



                                        Dernier coucher de soleil de la saison de navigation.



Pendant cette traversée, je n’ai pas vu beaucoup d’oiseaux, peu de fous de bassan (victimes d’une grippe…) , peu de puffins cendrés. C’est vrai qu’à l’allure du près, il est plus difficile d’observer la vie autour de soi mais quand même … Par contre, la dernière journée, les petits dauphins bondissants ont été nombreux à me rendre visite. 



                                            Petits dauphins: quelle vitalité!

        


Et, voilà, je me retrouve au calme aux Glénan avec toujours des dizaines de voiliers au mouillage ou en petites navigations courtes dans l’archipel , avec quelques dizaines de dériveurs et planches à voiles à déambuler entre les îlots, sans bruit de voitures, ni d’avions, ni de trains, ni de tracteurs … Seul un hélicoptère de la sécurité civile en entrainement a survolé l’archipel pendant une heure ou deux.




                                                    Fort Cigogne en rénovation.


Mercredi 21 septembre,


Ce matin, j’ai profité de la présence du vent pour quitter l’archipel et gagner la baie de la Forêt Fouesnant où j’ai mouillé devant l’anse Saint Jean: une douzaine de miles effectués au près par vent de nord-est d’une douzaine de noeuds. C’est vrai qu’en Bretagne , ça navigue: une bonne soixantaine de voiliers au mouillage ou en navigation dans l’archipel des Glénan, sans compter les dizaines de dériveurs … de l’école des Glénan. Ensuite en mer, j’avais toujours une bonne trentaine de voiliers de croisière en vue. Et pourtant, nous sommes en semaine , fin septembre. 



Vendredi 23 septembre,


Après 16 mois d'absence et environ 11 mois de navigation en Espagne et au Portugal, Java va retrouver le sec à Port La Forêt. 

J'ai parcouru environ  2700 miles pour ... 268 heures au moteur. En proportion, je n'ai jamais autant navigué au moteur. Et pourtant, j'ai fait des efforts. Il n'y a plus de vent!? L'année dernière, le vent était absent pour descendre le long des côtes de Galice puis celles du Portugal et cette année idem pour remonter. En Algarve, les vents sont rares ( sauf à la mauvaise saison). Seuls soufflent,  les vents thermiques , parfois forts, en deuxième partie  de journée. 


Ce fut une belle navigation avec vraiment un coup de coeur pour La Galice aux paysages et à l'habitat magnifiques, et avec des  habitants qui ont le sens de la fête.   

15 heures: Java est sur le terre plein. Cinq minutes plus tard ... il pleut.  


Kenavo, ar c'hentan